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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 01:50
Rencontre Khedaoouedj
Rencontre                                            Khedaoouedj agrandir

Musée des arts ancien :Paiens

Elle vient de partir.Elle était triste.Elle n'a pas compris que le jour,rien ne peut se produire,que c'est la nuit qui nous est propice à elle comme à moi.Je sais.J'ai connu la même chose,dans cette entre-deux où je me sentais tres mal,persuadée que la souffrance ne finirait jamais,que je n'arriverais jamais à la depasser.Si seulement j'avais pu le lui dire!La rassurer!Ce n'est qu'une transition douloureuse.Un passage qu'il faut franchir sans faiblir...Mais le sait-elle?Aurait-elle la force de resister aux pressions de l'entourage,aux paroles bien intentionnées qui veulent nous soigner alors qu'elles ignorent tout de notre douleur et de ses causes?Par chance,à l'époque,j'étais quasiment seule dans le palais.Mais l'est-elle suffisamment?Les temps ont changé semble-t'il.Maintenant ,les femmes bénéficient d'une liberté qui les propulse sans defense dans un monde extrême.Mais je ne peux pas juger,je n'en sais rien.Je ne connais que les murs de cette maison,ses portes de cèdre qui s'ouvrent sur le patio la nuit,les bateaux hollandais qui parlent sans relâche de voyages imaginaires

Dans mon cas ,le vide s'était fait peu à peu autour de moi.Acause de quoi?En étais-je seulement la raison?Ce renfermement dont j'avais tellement besoin,auquel j'aspirais depuis toujours,tous l'avaient ressenti,à commencer par Gabriel,captif andalou et secretaire de mon père.Son prenom en arabe,c'était Jibrail,mais je l'ai toujours appelé Gabriel,même apres sa conversion.

De mes premiers pleurs ,il avait compris .Certes,apres le depart de l'inconnu,il avait vu ma peine.Il avait tenté de me demontrer que l'avenir restait intact et le meilleur devant moi.Qu'un bonheur sideral et sans nuages m'attendait...Cétait ses mots :Gabriel aimait les expressions imagées .J'expliquais cela à la fois par ses efforts pour s'exprimer dans notre langue en recourant à des mots étranges destinés à décrire sa pensée et par un caractère mysterieux ,raffiné,presque ésotérique ,auquel je m'habituais tres vite.L'avenir ,me disait-il ,m'offrirait les fleurs les plus parfumées des jardins de Grenade...Mais ,il disait cette conviction ,comme une consolation de courtoisie qui coûtait un peu à sa franchise naturelle .Ensuite,lorsque je cédais aux larmes,,lorsque ma vue commençait à ensuite, décliner ,il n'a plus insisté.Je le sentis plus à l'aise .Il m'a accompgnée ensuite,en douceur ,en silence,s'effaçant dans l'ombre complice.Je pense que d'une certaine façon ,je répondais à ce qu'il était lui-même ,mélancolique

Il devint mon seul lien avec les choses.Il a écarté tout ce qui me devenait insupportable.Pour lui,c'était le seul remède et il avait raison.Ces contacts artificiels,qu'au sortir de l'adolescence j'avais entretenus avec quelques soi-disant"amies",quelques cousines éloignées,lui parurent"inconvenates".Ce furent ses mots.Et dans mes larmes,je l'ai embrassé le soir où il les pronnonça.C'était exactement ce que je ressentais,mais que mon entourage désapprouvait

Je ne sais si elle aura la chance davoir aupres d'elle un "passeur"-comme j'aimais à appeler Gabriel-qui la protège et lui ouvre le chemin.Il lui fallut beaucoup de patience et de courage car,aux yeux de tous,il jouait un rôle suspect et maléfique.Beaucoup l'ont accusé d'avoir entretenu et precipité mon mal.Les mauvaises langues ont, parait-il,affirmé que j'étais sous son emprise,que chaque jours il m'administrait des drogues dont il avait le secret.D'autres ont pretendu qu'il était envoyé par Satan,qu'il representait le Mal.Nombreux furent ceux qui affirmèrent qu'il m'avait convertie,que j'avais parjuré ma foi,sous son influence...Sans lui,je serais restée entre-deux eaux,entre chien et loup,dans les limbes,dans ce couloir immonde,clair-obscur douloureux dontnseule,je n'aurais pas trouvé l'issue

Aujourd'hui,quand j'ai senti ses allées et venues incertaines dans le palais,ses hésitations sur les marches craignant de tomber ,sa rentation d'aller encore vers la lumière fagtice et meurtrière de la terrasse,j'ai su qu'elle en était à ce stade précis.Sans un"passeur" comme le fut pour moi Gabriel,elle n'en sortira pas.Elle souffrira pour rien.Elle risque de retomber dans le bas monde,mélancolique à jamais de ce qu'elle aura entrevu sans pouvoir l'atteindre ,mordue par le remords d'avoir renoncé.C'est la pire des choses qui puisse lui arriver.

ô toi, Gabriel,tu avais cette douceur et cette reserve infinies qui devinrent mon plus grand reconfort.Toi,captif d'Alger,adorable transfuge qui avait renoncé à tout autre vie,refusé même le retour lorsque mon père t'affranchit.Par égoisme ou par respect de ta vie,je ne t'ai jamais interrogé.Par crainte de perdre ton silence...de te perdre

Mais elle?Je ne peux l'aider sans revenir sur ces lointaines années,en laissant flotter entre les murs le recit de ma peine et l'écho de ma langueur répondant à la sienne.

TRANSCRIPTION NADA

L'arrivée à Orly me replongea dans la nuit parisienne.Nassim conduisait en silence.Il me tendit un petit objet;

-Tiens ,raconte !Mais n'oublie pas d'appuyer sur"enregistrer"

La nuit même,je commençais la dictée.Les mots venaient tout seuls

ALGER 1789 KHEDAOUEDJ

Mon père,Hassan Kheznadji,tresorier du Dey,devait faire montre d'une certaine assise.Son rang exigeait une demeure prestigieuse.Mais il ne souhaitait pas s'égarer vers les quartiers périphériques.Il savait que le pouvoir se tenait autour de Dar es-sultan,plus joliment appelé el-Janina,"petit jardin".Mais cet endroit n'était pas idéal,tres proche du port et de son agitation.Il pensait que la Casbah était l'endroit idéal pour allier prestige et securité :les années à venir devaient lui donner raison.En 1817,le pacha Ali Khodja devait nuitamment quitter el Janina et gagner la Casbah par crainte des turbulences sanguinaires de ses propres soldats,les Janissaires et des frequentes barraques navales.On dit même qu'un boulet de canon britannique frôla sa tête!

Le palais avait conquis mon père.Ce fut la seule sortie que je fis avec lui.Et j'avais aimé.Depuis la mort de ma mère,je ne sortaos que tres rarement .Nous habitions alors un logement de fonction qui jouxtait Dar -s- sultan

Lors de cette première visite du palais,notre future demeure,Gabriel,était là également et j'en étais ravie.Il tenait un rôle essentiel aupres de mon père.

Mon père fut toujours le Grand Absent pour moi,mais il fut le temoin direct de ma maladie.Il fit tout son possible pour m'apporter le confort qont j'avais besoin.Notre plus beau jour fut celui où nous prîmes possession du palais.En 1789

Construit en 1570,,il avait traversé deux siècles ,et resité aux tremblements de terre dont celui de 1775 qui fut fatal à de nombreuses maisons de la Casbah.Son prestige venait de là et des cinq étages qui s'ouvraient sur des terrasses avec vue sur la mer

Le palais nous avait conquis.Nous nous installâmes mon père et moi.Ma jeune soeur,N'fissa,ne viendra que plus tard et restera tres peu.Elle gagna tres vite la demeure de son époux,le futur Dey Hussayn.Plus tard,il y eut divers aménagements,destinés à rendre ma vie d'aveugle plus facile.

Quelques années plus tard,Hassan Pacha me fit don du palais ,qui porte toujours mon nom

UNE VIE SANS NUAGE KHEDAOUEDJ

Mes appartements étaient tres agreables.Mon père m'avait conseillé une couche sur pieds,surmontée d'un baldaquin en ferronnerie dorée.Mon "lit"était ancien,drapé de voiles d'organdi mordoré!Je fis mienne une pièce discrèteà l'étage supérieur.Elle était éclairée par une fenêtre étroite dentelée de mouchrabieh.J'y venais me reposer et lire.C'est là que j'ai demeuré le plus souvent,quand mes yeux se sont éteints.La porte a été condamnée bien plus tard.

DE L'AMOUR KHEDAOUEDJ

Mon père avait voulu me donner une solide éducation ce qui était fort rare à l'époque Hassan Kheznadji avait une bibliothèque considerable,une cinquantaine de coffres et le double de portefais.Le bureau de mon père en refermait une grande partie.A l'étage,se trouvait la seconde partie de la bibliothèque,celle qui était resrvée à son usge personnel et bientôt au mien.A côté des recits de voyages,quelques editions rares d'Ibn Battuta et d'Ibn Khaldoun ouvraient une large collection de ce que la litterature et la poesie arabo-andalouse avaient produit de meilleur.Plusieurs ouvrages philosophiques que je parcourais côtoyaient des poêmes Ibn-'Arabi avait une place privilégiée et je pouvais reciter sans peine certains passage de "Al-Fûtûhât al Makkiya",ou les illuminations de la Mecque et ,par dessus tout ,son "traité de l'Amour" .J'étais transportée par le poème.Mon père possedait également la versio de majnûn et de sa folle passion pour Laylâ.

La bibliothèque n'existe plus depuis bien longtemps.Lien incontestable avec la malediction qui m'avait frappée,personne ne songea à les conserver.Mes frequentes visions dans "Le cabinet des livres",étaient silencieusement desaprouvées par notre personnel ,qui pour la plupart ne savait pas lire..Pour eux mon père ,aurait dû en avoir ,le seul la jouissance et la liberté qu'il m'offrit de partager sess lectures était proprement inconvenantes.Ceci explique aussi mon futur isolement.C'était une punition qui m'était infligée et pour la plupart ,elle était d'origine divine parce que ces livres pouvant égaler le Saint Coran,relevaient de l'interdit.Cette hostilité muette à l'égard de mes lectures m'incita à les poursuivre jusqu'à l'extrême limite,lorsque je ne discernais plus les caractères ,même sous un verre grossissant.Gabriel vint à mon aide,il choisissait chaque jour un ouvrage different et entamait de longues heures de lecture

J'interromps ici mes souvenirs.J'aurais pu mener une vie paisible et simple,suffisamment aisée pour goûter les plaisirs et les frivolités d'Alger dans les dernières années ottomanes.Sous la protection d'un père tout puissant puis, apres un mariage de convenance,d'un mari haut placé,j'aurais pu...Mais cela ne vint pas.Quand l'inconnu s'avança dans le patio,je savais que je l'attendais pour connaître les abîmes profonds de ma tristesse comme les plus hautes cimes de mon émotion.Et pour rien au monde,je n'aurais echangé ce moment-là contre un autre.Peu m'importe encore maintenant,les consequences

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 00:36
L'île de la disparition Nada
L'île de la disparition                                          Nada agrandir

salle de bronze :musee des antiquités

Le froid était particulièrement vif,cet hiver.Je m'affaissais dans la mélancolie,en partence pour l'île de la Disparition.La traversée consume,réduit le corps à une étoile de mer qui se dessèche sous le soleil de la plage.Pendant la traversée,les interdits sont nombreux et contraignent à l'ascèse,non vers l'éternité,mais vers son équivalent,la mort:l'approcher pour mieux la défier.C'est le secret de l'île de la Disparition.

Un seul indice:le souvenir du palais ne me quittait plus.Comme je dormais peu,je repoussais le plus possible de l'heure de mon coucher afin que le sommeil m'emporte vers un repos de quelques heures .Alors ,le palais s'ouvrait,m'engloutissais .Khedaouedj me prenait par la main,fermait mes paupières de ses doigts fins et glacés,me guidait vers les balcons et les terrasses.Nous nous asseyions parfois dans l'un des salons,dans l'ombre.Le regard éteint ,et silencieuses,nous étions là.Parfois même,le rêve allait au-delà ,je ne sentais plus son corps ni le mien, ils avaient disparu ou bien ne faisaient plus qu'un

Le palais devenait ma demeure.Je m'asseyais devant un café et j'écrivais sur le palais,relisais mes notes.Je dessinais le plan des étages,le detail des faiences...Mes yeux se fatiguant vite,je les fermais et finissais par rêvasser.Mes seuls jours de sortie étaient ceux où je retrouvais Nassim.Je vivais ailleurs ,j'avais besoin de savoir que cet ailleurs existait

Ma vue baissait .Je fermais souvent les yeux pour les soulager.Je dormais éveillée dans une lucidité extrême qui me consolait.Sinon, à peine ouverts,ils pleuraient.Un flot interrissable depuis le depart d'Alger.Je dus bientôt porter des lunettes teintées pendant la journée pour me proteger de l'agression du jour et cacher les traces de nos larmes sur mon visage émacié

Je ne recherchais le mien que dans les miroirs...Mais c'était elle que je voulais voir se refleter et surveiller le reflet de sa beauté dans la recherche obsessionnelle de son image.Je vivais l'effacement progressif de son corps,cette linéarité ramassée autour des os,les muscles à nu.Elle se palpait ,explorait son corps ,redoutant un quelconque épaississement qui l'eût jetée dans le desespoir.Par pur addiction,elle pourchassait sa silhouette dans les miroirs,dans le reflet des marbres,pour y trouver la transparence à laquelle elle aspirait,pour se rassurer et trouver la force de continuer vers le néant.Ses sensations et ses sentiments,ses peines et ses desirs devenaient miens.Je me detachais ainsi de ce qui m'appartenait,embarrassait ma vie depuis bien longtemps,d'une partie de mon corps et d'une parcelle de mon âme

LUNE DE MARS EN ALGER NADA

Apres la lune neigeuse de janvier,je choisis la nouvelle lune de mars.Je ne voulais aucun decor,prendre l'avion,deposer mes bagages et rejoindre le palais.Une urgence à laquelle rien ne pouvait résister,si bien que les dates correspondant mal, je partis seule.Nassim ne pouvait m'accompagner.Mais nous devions rester en contact permanent

A mon arrivée,la ville était noyée dans la pluiseet la grisaille.Plus doux qu'à Paris où il gelait à pierre fendre,l'air était chargé d'une humidité froide qui me transperçait.Pourtant,une fois arrvée à Dar el 'Amia,le ciel se dechira et le soleil inonda la baie.J'étais éblouie par les larmes,la lumière et la joie d'être là.La Casbah changeait de peau

Malgré mes lunettes noires ,le blanc m'aveuglait sous un ciel légèrement brumeux et tres brillant.La mer scintillait face à la ville,fulgurante ,elle m'eblouissait et je partis retrouver l'ombre du palais

Elle était là.Je sentais sa presence et sa compassion pour mes yeux brûlés par la lumière de la ville.Je sentais aussi son manque ,son attente,causes de ses pleurs.Elle était seule mais l'acceptait-elle?Elle était belle mais en était-elle jamais certaine?Elle cherchait les reponses,enfermée dans le palais dont elle ne sortait pas parce que la solution ne se trouvait nulle part.Elle savait porter un mal dont personne ne pouvait la soulager,que rien ne pouvait dissiper.Sauf peut-être s'il était là,celui qui occupait ses pensées,s'il lui apportait la douce confirmation ,le reflet de son amour,sa reciproque,son double et son envers,le coeur de son propre mystère.Elle cherchait desesperement un miroir,mais n'en souhaitait qu'un seul:lui.Son visage à elle n'était qu'un triste substitut,une erreur,qui ne pourrait jamais remplacer celui de l'autre.L'autre ou soi-même?L'amour ne peut-il pas tendre vers la fusion,corps et âme.S'aimer,c'est aimer l'autre,mais aimer,c'est aussi s'aimer...Poursuivre un amour inconnu ne l'avait-il pas amenée à rechercher d'elle l'image impossible de ce qu'elle ne serait jamais?N'etait-ce pas pour cela qu'elle pleurait.N'essuyant srs larmes que pour verifier dans le reflet des zelliges,les vitres des portes,les miroirs immenses de sa chambre,que sa trop mince silhouette lui plaisait à elle,à défaut de la ravir,lui,l'Eternel absent?Etait-ce clea sa verité?Dans le miroir,elle se cherchait.Sans son reflet,elle etait sans amour,elle n'existait plus.

Le palais avait son allure habituelle,ouvert au visiteur,peu nombreux.J'étais bien ,parce que je retrouvais ici le decor de mes songes et sa presence intime.Ma vie lui ressemblait et la sienne devenait mienne.

Je passais une nouvelle nuit au palais.Je restais dans l'un des salons plongée dans une pénombre apaisante.Mes yeux pleuraient encore un peu mais sans douleur.Vers la fin de la nuit,apres la premiere prière,je m'endormis

Alors,je pus la voir.De profil,elle etait assise là où j'étais restee au debut de la nuit.Elle ne bougeait pas.J'aimais sa silhouette,fine drapée de blanc.Elle paraissait transparente,ses poignets,si fins,semblaient trop fragiles pour porter les bracelets d'or.Presque immobile,le regard perdu,tendu vers un ailleurs,dans cette lucidité immense qui nait de l'aveuglement.

Je me reveillais plusieurs fois.Elle m'apparaissait encore et toujours.Je sombrais à nouveau dans un demi sommeil et elle était encre là,de plus en plus proche.Au milieu de la nuit,je remontais instinctivement l'épaisse couverture de laine...L'appel à la prière s'éleva au dessus de la Casbah.J'écoutais.Il me suffirait ensuite de reciter l'une des sourates pour retrouver le sommeil...

A mon réveil le jour avait envahit le palais Depuis plusieurs mois,je m'interrogeais sur les dérives de mon imagination,je les acceptais,allant même jusqu'à retranscrire au reveil certains rêves de la nuit.Ce que mes yeux ne voyaient pas, je l'immaginais

Au premier appel de Nassim,je m'empressais de tout lui raconter;A son habitude,il m'écouta

Je passais la journée au palais .Je ne le quittais qu'avant la nuit.J'avais essayé de lire,mais il faisait trop sombre et cela me fatiguait énormrment.Je me retrouvais dans la situation qu'il avait connue...Il disait que l'Algérie avait été sa mère nouricière et que le lait sentait la fleut d'oranger

Quand Nassim m'appela,je lui dis:"Aujourd'hui ,il ne s'est rien passé"

La dernière nuit à l'hotel fut froide ,j'étais triste de quitter encore Alger.Je partais incomplète,à moitié vide

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 00:48
Dar El 'Amia
Dar El 'Amia agrandir

Salle d'Art marocaine :Musée des Arts anciens: Alger

Je ne savais pas ce qui m'attachait à la ville.Mais elle me prenait au ventre dans le labyrinthe des ruelles depuis Bab El Djedid.Les escaliers glissants me donnaient le vertige et j'avais l'impression de flotter,le coeur au bord des lèvrres et les nerfs à fleur de peau.La Casbah m'exténuait,mais je n'étais pas fatiguée,plutôt tendue à l'extrême.C'est ainsi que nous arrivames à Dar El Khedaoudj el 'Amia,le palais de Khedaouedj,la jeune fille aveugle

L'ami algérois,Abderrahmane,qui nous accompagnait,chuchota son histoire à l'entrée:

...un magnifique palais qui s'élève au lieu dit Socgemah, déformation de Souk el Djemaa,le marché de vendredi,connu pour le commerce des pigeons...fut bâti vers 1570 par Ramdan Pacha sur la partie basse de la médina d'El Djazair,la basse Casbah,rue du Divan.Dar el Khedaouedj...ancienne propriété de Yahia Rais.En 1770,Michel Cohen Bacri,riche négociant juif originaire de Livourne en Toscane,s'installa à El Djazair,...loue le palais en 1783...

...en 1789,Hassan Kheznadji,tresorier du Dey d'Alger,acquiert la bâtisse...palais des princesses...ses filles Fatma et Khedaouedj.Il lui en fit cadeau...Elle était aveugle.Apres la mort de Lalla Khedaouedj,le palais devint propriété de sa nièce N'fissa et son neveu Omar jusqu'en 188...Sous l'occupation française...,première mairie d'Alger,puis hôtel du procureur général en 1838.En 1860...grans aménagements pour recevoir Napoleon iii...Affecté au sevice de l'Artisanat en 1947... 1961,Musée des Arts Populaires,puis Musée National des Arts et des traditions Populaires la rue Malki Akli en 1987

Abderrahmane se tut quelques instants avant de donner d'autres détails:"Khedaouedj",diminutif de "Ouarda",signifie pour certains petite fleur","geranium"ou plus exactement"pélargonium"et" Kheznadji"se traduit par "receveur des finances"Le nom s'attache à la fonction de ministre des finances du Dey,assumée par le proprietaire des lieuxAla nuance pres qu'ici,c'est le financier qui l'emporte sur le souverain .Certaines versins de l'histoire ne lui accordent qu'une seule fille,l'aveugle;d'autres lui en donnent plusieurs dont Fatma et N'Fissa,figures légendaires,elle aussi,de la Casbah dont le tombeau,dit "des Deux soeurs",et "el Djenina",se situe non loin de là.On raconte que ces deux filles du Dey Hassan Pacha,qui vivent recluses dans leur palais,aprçurent un jour dans la rue,un beau jeune homme dont elles tombèrent toutes deux amoureuses Se confiant tous leurs secrets,elles savaient partager le même amour impossible et se désolèrent toutes deux de chagrin.Mélancoliques,ne s'alimentant plus,Abderrahmane ajouta:

Elles preferèrent se laisser mourir de faim plutôt que d'être séparées,victimes autant de leur amour l'une pour l'autre ,que pour le beau chevalier.On dit que celui-ci,de passage,ne connut jamais le drame des deux princesses que la mort emporta le même jour.Depuis lors,elles reposent dans le petit jardin d'El Djenina uù elles aimaient tant se reposer...

Hassan Kheznadji,d'abord receveur des finances du Dey Mohammed Ben Osman,devint Dey à son tour ,à la mort de celui-ci,emporté par la dysenterie en 1791,et non assassiné par son ministre.Il devint ainsi Hassan Pacha et dirrigea les affaires de la Régence jusqu'à sa mort en 1798

Deux versions subsistent de Khedaouedj .L'une veut que la jeune fille,deviennent belle,se contemplât,sans cesse dans un miroir,si bien que fascinée par sa propre beauté,elle en devint aveugle.L'autre pretend qu'éperdument amoureuse,elle pleuait tellement un amour impossible qu'elle en perdit la vue.Cette dernière version ressemble étrangement à celle des deux soeurs,laquelle pouvait tout aussi bien être sa nièce,fille du futur Dey Hassan

Les histoires s'entremêlaient et confondaient sans aucun doute les destins et parentés.Ces vies participent à la légende de la Casbah

Abderrahmane reprit la description du palais

On entre...palais mauresque typique...une porte en bois massif...

Peu à peu ,je pénétrais dans l'intimité de la maison et dans sa légende .Je ne cessais de penser aux deux versions...Le caractère de Khedaouedj avait sans doute échappé à son entourage ,mais le palais restait toujours marqué par sa troublante personnalité .Son ombre flottait entre ses murs.La tension que j'avais ressentie à l'arrivée avait disparu.Plus je regardais autour de moi,plus j'étais émue.Les larmes perlaient à mes yeux,le coeur lourd d'une douce compassion:pleurer à un point tel que l'on devient aveugle...

KHEDAOUEDJ NADA

L'histoire avait fait son chemin.Racontée depuis plus de deux cents ans,saturée de nostalgie,malgré ses outrances,elle me boulversait parce qu'elle me ramenait à certaines périodes de ma vie

La première qui me revint fut celle de l'atelier de ma mère.Il donnait sur la rue.Ma chambre se situait derrière l'atelier...

Le second souvenir,datait de mes sept ans ,et se rattachait à mon père.A sa vue diminuée ,aux larmes qu'il avait versées devant moi ,en apprenant son mal et qui m'avait douloureusement marquée .La maladie pouvant être héréditaire,je consultais de temps à autre.Les assurances des medecins sur l'état de ma vie ne pouvaient effacer la peine d'avoir vu mon père dans les larmes .S'ajoutaient encore les souvenirs de decembre et mes pleurs impossibles la nuit de sa disparition...

En decouvrant la légende de Khedaouedj,j'avais l'impression de m'y noyer,de perdre pied,de flotter entre les eaux glauques de la mélancolie,celle-là même qui m'accompagnait depuis l'enfance et dont je n'avais jamais véritablement compris l'origine

S'ajoutait aussi la decouverte chez Khedaouedj d'un sentimet que je connaissais encore assez peu:aimer sans être aimée...Pourquoi ceder à la seule pression des sentiments d'autrui?Pourquoi se refuser la douloureuse et delicieuse tentation d'aimer sans reciproque,Je m'étais interdit tout choix,toute capacité à discerner ce que je voulais au fond de moi.J'avais cédé au désir de plaire et de recueillir les fruits faciles de la séduction avant de plonger dans la desillusion

En un sens ,j'en vins à penser qu'elle avait fait le bon choix.Aimer sans être aimée signifie aussi donner sans rien attendre.Est-ce de la générosité?N'est-ce pas également une façon de disparaître,faute d'être reconnue?Une façon de chercher un reflet objectif de soi?Khedaouedj s'était retiré du monde,la légende l'avait rattrapé...

Il y avait dans cette histoire,une leçon trop clair qui m'agaçait :punir l'orgueil...Il y avait des bribes de verité,comme sa beauté et le souci permanent qu'elle avait de son apparence.Mais pourquoi en tirer une leçon aussi triviale?Sauf à vouloir expliquer que la veritable beauté,celle de l'âme,ne se voit pas dans un miroir...Personne ne l'avait obligée à cacher son visage ou sa silhouette.Khedaouedj était la seule à ne plus se voir mais restait immensément belle au regard des autres...

Il y avait une chose.Ce n'était pas sa beauté qui la tourmentait à ce point;c'était le reflet d'elle que lui renvoyaient les miroirs.La beauté en soi n'est rien.Subjective et fugace,Khedaouedj ne pouvait sen satisfaire.Ce qu'elle poursuivait ,c'était l'image d'elle que lui renvoyait le miroir.Cette quête de tous les instants,le contôle permanent de son double venaient d'une attente ou d'un desir insatisfaits:celui de s'aimer pour être aimée.A mon sens les deux versions de son histoire n'en faisaient qu'une.Dans l'une, être aimée fut un echec;elle fut rejetée ou ignorée par le beau visiteur et sombra dans les pleurs .Dans l'autre,la recherche insensée de l'amour ne trouva son aboutissement que dans propre reflet, tel Narcisse au bord de l'étang...Reflet que l'aveuglement vint lui enlever.La même fin,la même "chute"

Dans les deux cas ,la légende reposait sur une veritable et unique histoire,celle d'une femme brûlée par l'amour,éprise d'un tel désir de connaître l'amour fou qu'elle avait sciemment choisi la seule solution à portée de sa main:tâtonner dans la nuit.Une construction bien à elle qui occultait tout,voilait son entourage et le palais,lui laissait enfin voir ce qu'elle n'aurait jamais discerné en gardant la vue.Dans les deux cas,son choix fut délibéré;elle n'avait été victime d'aucun mal exterieur.Elle avait cherché une voie,suivie jusqu'au bout pour échapper à la deception de la vie

Peut -on encore aimer l'endroit où l'on vit dans la souffrance .L'amour emprisonne,le palais en était la preuve mais il la protegeait,donnait une realité à sa folie,ce qui était peut-être ce qu'elle avait recherché

Le palais m'enchantait .Des portes étaient fermées comme pour preserver encore son intimité,il devait y avoir une pièce où elle aimait à se tenir dans l'ombre.Je le sentais

La légende ne faisait aucune allusion à sa mère.Je l'immaginais dond orpheline de mère,tres jeune élevée par son père.Il était puissant,régna sur Alger.Ilvivait dans un monde étranger au sien dont elle ignorait tout.Je pense qu'il l'adorait;Fut-il humilié?Déçu de ne pouvoir la marier selon son rang?Sa fille chérie était aupres de lui,enfermée dans sa nuit,mais imprenable.Palais des larmes ou Palais de l'orgueil?

Je restais sur les terrasses surplombants la Casbah.Comment avai-elle pû renoncer à la lumière fascinante de la baie?Alors qu'Alger brillait de ses dernières heures de gloire?Elle fille du Dey?Je trouvais là un vent de nostalgie,bien plus que dans les étages inférieurs.Ainsi s'était-elle volontairement privée de la seule évasion qui lui restait:voir la ville du haut des terrasses.A cela,elle avait preféré le confinement des larmes et de la nuit.:son mal était délibérée.Elle avait voulu.De toutes les personnes qui m'agitaient,aucune ne mettait en doute sa propre determination...Pourquoi?Parce que j'aurais agi comme elle.Je le savais même si je n'en connaissais pas les motifs.Je lui ressemblais,simplement.A ce stade,il me fallait tout connaître d'elle,de ses habitudes et de sa vie,retrouver son parcours au bout duquel je saurais,je comprendrais enfin ce que fut son destin.J'avais l'intime conviction de pouvoir y parvenir sans effort en raison de cette etrange ressemblance:une...predisposition

Le miroir qui orne l'un des murs du West Dar réflétait la scène.Nassim photographiait les colonnes de marbre ,je lui souriais .Il baissa l'objectif vers moi,je tournais mon regard vers la glace en face de moi.Je vis une silhouette floue,tres pâle,trop maigre aussi.A force de la fixer,elle se dédoublait:je pleurais...Elle était là dans le miroir...

Nassim ne dit rien.Cette reserve nous isolait.Et pourtant,là dans le palais, je ne m'étais jamais sentie aussi proche de lui ,et il le savait.

UNE NUIT AU PALAIS NADA

Passer la dernière nuit au palais me rapprocherait encore d'elle et je pourrais vivre ainsi ce qu'elle avait été toutes les siennes

Le soir venu,je m'installais sur la terrasse.Le palais devenait sobre,étrangement vide ,et plus troublant encore

Khedaouedj devait le sentir ainsi dans sa propre nuit.La cecité masquait sa vision sous un voile épais comme celui qui m'entourait.Elle vivait dans la conscience permanente de ces murs fastueux,mais ne les voyait plus

Un éclair déchira la nuit,envahit par le patio.Prise d'un vertige,je me retins à la rambarde du balcon.L'éclair ne fit qu'eclairer la silhouette du gardien qui me cherchait.Mais je ressentais sa presence et son emprise sur le palais.Elle ne m'était pas étrangère,elle avait capté mon émotion

Le lendemain,quand Nassim me demanda des nouvelles de ma nuit,je fondis en larmes.Elles m'appaisèrent.Les sequelles de cette nuit à Dar Khedaouedj n'allait plus me quitter

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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 15:01
La maison bleue
La maison bleue agrandir

Salle Mohammed Temmam ,Musee des Antiquités à Alger

Le retour de Fès s'est déroulé tranquillement.Je défaisais les bagages,étalais mes affaires,prenant plaisir à les toucher,les ranger avec un soin qui m'étonnait.

Le manuscrit avait été rangé en premier et la double page serrée entre deux plaques de verre.La calligraphie,bien protégée,semblait vouée à une conservation éternelle,comme ces insectes prehistoriques enchâssés dans une goutte d'ambre

Peu à peu ,Fès prenait davantage d'importance.La ville me venait souvent en rêve:je passais mes nuis dans les ruelles de la médina,descendant Talaa el Kbir,qui m'était interdite le jour.La pleine lune ne quittait pas mes visions

La dernière soirée fut la plus étrange.Dans une rue proche de Bab Boujloud,une plaque indiquait"Maison Bleue,the most romantic house of the world".Une porte de bois s'ouvrait sur un riyad qui nous accueillit à la lueur des bougies le temps d'un dîner,au son andalou d'un 'ud.:le temps s'était arrêté sur le seuil

En gravissant l'escalier de la Maison Bleue,nous eûmes l'impression d'avoir traversé un rêve.C'était une "impression"au sens propre du terme,un marquage indélébile de la mémoire et des sens.Mais la Maison Bleue portait une marque stupéfiante

Cette lumière surnaturelle fondait sur la vieille ville de Fès,non seulement du disque lunaire,mais surtout de l'immense anneau qui l'encerclait.Jamais auparavant nous n'avions pareil halo

Sur l'instant ,j'ai su qu'il s'était passé quelque chose.J'avais eu l'impression de franchir une limite,de transgressere quelque chose...La lueur blafarde de la lune percutait les zelliges,m'appelait plus loin encore .Sous le halo gigantesque,je me suis sentie disparaître ou fondre en moi-même.La médina lunaire me tenait sous une influence envoûtante

Pour nous ce halo,s'inscrivait comme révolution ou une révélation

Fés occupait mes nuits.La Maison Bleue n'était pas une illusion,elle éxistait,tout comme le halo de la lune et le manuscrit

De retour à Paris,je subissais la décroissance de la lune.Je perdais de la consistance,en même temps qu 'elle;une obscurité progressive absorbait toutes mes forces et m'accablait.Soumise à la décroissance lunaire,je perdis l'appétit,je devenais l'ombre de moi-même.;.Une sorte de mélancolie incontournable me laissait alanguie.Comme elle j'aurais voulue disparaître

Décembre Nada

Le dernier mois de l'année ne m'est jamais agréable .Ce mois de fête de Noêl est celui durant lequel mon père est mort.

Je ne crois pas avoir pleuré.J'ai le souvenir de m'être vue,peut-être dans une vitre,comme un reflet dans un miroir...Ce soir là ,je me suis fait voler mon père

Tous le mois de décembre,je vois défiler la scène.L'hopital,la salle,le long couloir,le miroir... Un vaisseau éclaté,la tête innondée,impossible de construire un barrage.Mes larmes s'étaient taries dans la stupéfaction créee par la mort.Il fut opéré dans l'urgence,mais sa vision resta diminuée et déformée

Depuis longtemps, je ne pleurais plus

Nouvelle lune Nada

Lors de la nouvelle lune,mon état continua à se délabrer.Fès était à l'origine de ce retour subit sur la mémoire de mon père...Je parlais sommairement de lui à Nassim,sans entrer dans les détails,ni exposer les remords qui me rongeaient.

Nassim savait découvrir ce que je cahais de façon quasi instinctive.Je ne rendais pas compte de son extrême capacité à percer mes sentiments.,qu'il ne me jugreait pas.I l écouterait,réfléchirait et aviserait ensuite.Plusieurs jours s'écoulèrent

-Ne m'as-tu pas dit que ton père était né en Algérie?Que dirait d'une prochaine lune en Alger?

Avec Nassim,j'étais moins inquiète.Il connaissait le silence et saurait le déchiffrer

Le peu d'appétit s'était transformé en vertigineuse tentation de me nourrir le minimum

La proposition de Nassim tenait du miracle:découvrir Alger,Al-"Djazair",les îles...

Réjoindre la terre où mon père avait vu le jour...Mon grand-père était mort à Khenchla quelques mois apres sa naissance.Ma grand-mère était rentrée precipitamment en France,mon père avait à peine un an,il n'avait aucun souvenir...Retrouver les premiers mois de sa vie qu'il avait oubliées,pour combler ceux de sa fin que j'avais perdus...S'enrouler dans la spirale de sa vie et,dans l'illuson envoûtante de s'éloigner de l'origine,s'y laisser aveuglement conduire...Tel l'anneau argenté de Fès

Lune de Janvier à Paris Nada

Il me fallut indiquer des dates precises pour la demande de visa au Consulat et les billets d'avion.Cette attente occupait mes nuits

Pleine lune à Alger .

Nada

Alger était blanche de neige.Par les hasards de l'hiver,un phénomène de cette ampleur ne s'était pas poduit depuis cinquante ans,le Nord de l'Algérie était couvert de neige tombée la veille

Les hauteurs de la citadelle brillaient encore de traces sous le plein midi.Apres sa visite,nous devions descendre par la Casbah vers la place des Martyrs.Les ruelles étaient animees à cette heure,mais froides et humides,malgré le soleil au-dessus de la baie.La descente était calme,ponctuée par nos arrêts;photographies et croquis.La Casbah se decouvrait rue par rue

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 23:42
Le manuscrit de Fès Nada
Le manuscrit de Fès                                              Nada agrandir

Vestibule du Musée des Antiquités à Alger

Le manuscrit... Je n'y pensais plus,je l'avais oublié.Pourtant,il est là:quelques pages rangées au fond d'un tiroir,soigneusement enveloppées dans un papier de soie.En rentrant de ces trois jours à Fès,j'en avais immédiatement pris soin.Je ne savais pas ce qu'il contenait.Le cahier manuscrit,extrait d'un recueil plus volumineux,n'avait pas de titre,mais il signifiait forcément quelque chose.Lorsque je l'ai découvert,je n'ai pensé qu'à le sauver.L'échoppe de Fès était très humide et des tâches sombres rongeaient dejà les feuilles.En le prenant,une humidité malsaine m'avait saisi le bout des doigts.Il était en voie de décomposition et une odeur âcre de cave humide se dégageait des feuillets.Je l'avais acheté pour le sauver des eaux suintantes et du salepêtre de l'échoppe de la rue Talaa el K'bir.J'avais agi sans réfléchir,sous l'emprise d'une volonté muette qui me poussait à l'emporter

A cause des couleurs,de la légèreté des lignes et du gests enlevé du calligraphe,la page centrale était la plus inspirée de toutes.Ce n'était plus l'exercice discipliné et laborieux d'un copiste sous la surveillance de son maître.Le calligraphe n'avait pas recopié ces phrases.Elles étaient siennes,dictées par l'émotion,un espoir ou bien une inspiration insensée.Le qalam volait sur la page,vidait son encre dans les méandres des mots.Le calligraphe fut saisi par un bonheur d'écrire qui l'avait stupéfié..;

Après l'avoir scanné,j'offris cette page à Nassim.Elle me semblait lui convenir plus que toute autre

Pourquoi cette urgence exhumer le manuscrit?Je connais les ajouts de couleurs,leurs enlacements,l'encre vert émeraude de certaines phrases,les arabesques orangées semées au milieu de la page.

J'avais pu déchiffrer quelques mots.L'écriture ronde et appliquée,l'indication des voyelles brêves et des consonnes muettes m'avaient aidée.Mais le sens général et le sujet du texte m'échappaient en grande partie.J'avais reconnu:"fleurs","larmes",et "fontaines"...Le poème demeurait incomprehensible.Ces mots me fascinaient,je les sentaient vibrer en moi...Au risque de prononcer quelque tournure magique glissée entre les lignes,qui me ferait basculer de la réalité dans l'ombre des rêves ensevelis...

Plus fort que la curiosité,des pressentiments m'avaitent dicté de la conserver à l'abri de la lumière et de toute traduction

Ce soir, le cahier calligraphié est là.Serais-je désormais prête à lire et comprendre le message qu'il contenait?

Je dois revenir sur les traces du passé ,et les traduire à leur tour.Tout est lié...Là ,au creux des pages,on murmurait un poème,clé d'une histoire qui résonnait au plus profond de moi

Demain,j'expédierai le texte pour le faire traduire.

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 01:48
Catherine Rossi agrandir

Par-delà le miroir

L'Alger de la fin du xviiième siècle,en proie aux convoitises caractérisees par les bombardements répétés des differentes nations européennes avec ses intrigues,ses catastrophes naturelles(épidémies de peste,tremblements de terre),son déclin dû à la faiblesse de sa course.C'est aussi l'époque où le Royaume d'Alger fournit des quantités appréciables de blé aux armées françaises dans leurs conquêtes de l'Europe qui fera l'objet d'un litige grave à l'origine de l'occupation d'Alger.Pourtant,dans cette ville active,cosmopolite,pleine d'aventuriers et de captifs,une jeune femme,sans sortir de son palais,vit une histoire d'amour d'une pureté éblouissante,pardon aveuglante.Khedaouedj,fille d'un dignitaire qui sera Dey d'Alger,aime une silhouette,invitée un soir par son père,qu'elle a à peine entrevue par la reflexion d'un miroir.Elle entend la voix de ce voyageur d'un jour ,venu de Fès dans le cadre d'une mission.Sa vie et sa vue en seront bouleversées...Gabriel,captif espagnol,est tout le temps à ses côtés.Se tissent des liens ambigus...Cette histoire "vraie",puisqu'elle est arrivée jusqu'à nous grâce à la tradition,se déroule dans la Casbah,dans un beau palais de la Djenina,résidence des Rois d'Alger et qui abrite actuellement le Musée National des Arts et Traditions Populaires.Ce beau palais mauresque construit durant la splendeur de la course en Mediterranée a gardé le nom de la jeune femme malgré ses differents occupants ou propriétaires.Dar Khedaouedj al Amia (Palais de Khedaouedj l'aveugle)

Nada ,lors d'une visite de la Casbah et du musée,se passionne pour la légende de Khedaouedj qui s'aveugle d'amour.Cette quête dans le passé n'est pas sans risque pour la jeune parisienne qui ne recule devant rien pour connaître l'histoire de la jeune fille qui lui est devoilée progressivement par un manuscrit trouvé chez un antiquaire ,lors d'un voyage à Fes.Nada se met progressivement dans la peau de Khedaouedj et elle éprouve,comme elle,des difficultés à voir."Je fondais,mon apparence changeait et j'en surveillais en permanence la delicieuse mutation"Plus elle s'immerge dans le passé,plus elle décortique le personnage de Khedaouedj,et plus elle se met à sa place.En fait,l'auteur dévoile sa feminité en se mettant dans le personnage de la jeune aveugle en faisant un voyage à l'interieur d'elle même.Elle montre aussi que la vie des femmes est intense même quand elles ne sortent pas...

Catherine Rossi connait bien la Casbah,pour l'avoir plusieurs fois visitée,décrite et peinte,est une familière de la vie algéroise.Elle se livre totalement dans ce roman.On peçroit sa sensibilité qu'elle expose à travers les deux personnages de Khedaouedj et Nada.Elle va au'delà du miroir,pour nous montrer le fond de son âme mise à nu.Elle décrit un amour aussi limpide que la rosée (Nada).Ce roman,elle l'a vécu véritablement:"Le palais devenait ma demeure,le lieu où je vivais"car à chacune de ses visites à Alger,elle s'y rendait comme en pélerinage.Il montre que l'attente de l'autre est l'essence même de l'amour comme pour confirmer ce que disait Camus "il n'est d'amour vrai que d'amour impossible"...

Abderrahmane Khelifa

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 00:37
POESIE agrandir

Henri Fontaine , Verlaine et Rimbaud

l 'Andalouse

Avez-vous dans Barcelone,

Une Andalouse au sein bruni?

Pâle comme un beau soir d'automne

C'est une maîtresse ,une lionne!

La marquesa d'Amaequi!

Jai fait bien des chansons pour elle

Je me suis battu bien souvent

Bien souvent j'ai fait sentinelle,

Pour voir le coin de sa prunelle,

Quand son rideau tremblait au vent

Elle est à moi, moi seul au monde.

Ses grands sourcils noirs sont à moi,

Son corps souple et sa jambe ronde,

Sa chevelure qui l'innonde,

Plus longue qu'un manteau de Roi!

C'est à moi son beau col qui penche

Quand elle dort dans son boudoir,

Et sa brasquina sur sa hanche,

Son bras dans sa mitaine blanche,

Son pied dans son brodequin noir!

Vrai Dieu!Lorsque son oil pétille

Sous la frange de ses reseaux,

Rien que pour toucher sa mantille,

De part tous les paints de Castille,

On se ferait rompre les os.

Quelle est superbe en son désordre,

Quand elle tombe les seins nus,

Qu'on la voit ,béante se tordre

Dans un baiser de rage et mordre

En criant des mots inconnus!

Et qu'elle folle dans sa joie,

Lorsqu'elle chante le matin,

Lorsqu'en tirant son bas de soie,

Elle fait,sur son flanc qui ploie,

Craquer son corset de satin.

Allons mon page en embuscades!

Allons!la belle nuit d'été!

Je veux ce soir des sérénades

A faire damner les alcades

De Tolose au Guadalété.

Alfred de Musset (1840-1857)Recueil:premieres poesies

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 00:34
VOLUPTE
2   VOLUPTE agrandir

Etienne Dinet :Les baigneuses

Les tableaux consacrés à la femme sont innombrables et depuis l'Antiquité,en passant par les maîtres de la Renaissance et du maniérisme,par Velasquez,et par Goya,la liste des chefs-d'oeuvre europeenne serait longue

Au cours de son voyage à Alger et à Constantine Chassériau écrivit dans son journal "J'ai pris des notes et avec le souvenir,j'espère ne rien oublier".Parmi les sujets qu'il voulait peindre:"Interieur de femmes mauresques,une couchée ,vêtue d'une gaze rousse étoilée d'or;dans la tête,bien saisir le type blanc de la peau,avec les yeux fins et noirs"Chassériau concluait en mourant:"Dans ces robes de femmes,sous ces traits defaillants et magnifiques,dans ce décor d'amour inachevé comme l'oeuvre de ce génie tendre et fier"Les modèles avaient beau être des Parisiennes,comme pour "Femmes mauresques sortant du bain ou odalisque couché",peints d'apres Alice Ozy "au corps de deesse grecque à la tête de sultane",l'inspiration de Chasseriau lui venait bien de l'Algérie

Jules Migonney,employa un talent raffiné au service de la beauté des Algéroises dont il réalisa de nombreuses et magnifiques études"Sa Vénus mauresque",jalousement gardée au musée d'Alger,est l'une des plus belles réussites dans ce domaine .La plantueuse jeune femme avec ses tatouages et ses bijoux traditionnels,sa bouche pleine et ses yeux de gazelle,était vivante et representative

A la fois portrait et allégorie de la sensualité,l'oeuvre de Migonney mérite d'être comptée comme l'un de ses chefs-d'oeuvre,au même titre que son "Bain maure"ou "Sa femme au narguilé"du musée de Brou

Une jeune-fille aux formes pleines,aux pommettes accusées,chez les differents peintres Abd-el-Tif,la firent poser,tour à tour.André Hebuterne la dessina à la mine de plomb en 1932.Richard Narguet la peignit dans son Saroual brun,debout ou allongée.Léon Cauvy symbolisa la nature algérienne,en presentant ses jeunes beautés allongées au milieu des fleurs et des fruits .Maurice Bouviolle composa "Aicha et les fleurs en papier",adossée à une grande tenture claire.Roger Nivelt presenta une femme descendant les escaliers décorés de faiences de la villa Abd-el-Tif,un tableau conservé au musée de Noyers-sur-Seine.

Comment ne pas mentionner ,à propos de volupté,les souples jeunes-filles sahariennes d'Etienne Dinet,jouant de leur nudité éclatante dans l'eau claire d'un oued,hommage à la beauté algerienne?

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 00:31
1 DANSES MAURESQUES
1    DANSES MAURESQUES agrandir

Albert Grirard:Divertissement dans une maison algéroise,huile sur toile

Passionné par les gens de la rue Roubaud réussit à montrer une grande diversité des "types" algerois en ne le figurant que de dos ou de profil.Toute cette scène en jeux d'ombre et de lumière est nimbée d'une sorte de mystère

Nous voyons ainsi une version inhabituelle d'une"m'bia",ou fête de danse,qui les peintres orientalistes situèrent plus couramment dans des interieurs et dont les recits littéraires donnèrent d'abondantes descriptions

Albert Girard retraça une fête privée fastueuse.L'exactitude descriptive de son tableau semble totale,les femmes de la maison et les invitées assistaient voilées comme il se doit dans la galerie supérieure et dans la cour,tandis que les nombreuses éxécutantes et les étendards déployés attestaient l'importance de l'hôte

Edouard Richter et Laurent aîné ,montrèrent les femmes entre elles,dansant et jouant de la musique pour leur plaisir personnel Le grand charme des tableaux de Laurent réside dans la qualité poétique de leur atmosphère et dans leur facture séduisante,mais aussi bien dans la précision des détails.Deux de ses oeuvres,situées dans le même cadre richement aménagé ,composent une sorte de répertoire de la décoration et des costumes algérois.On y remarque bien la fantaisie des foutas,larges bandes de tissus rayé qui drapait les reins des femmes par-dessus leur seroual,de la taille à la cheville,et les amples manches de tulle brodé ou de batiste ajourée et garnie de dentelles qu'elles fixaient à leur guimpe

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 00:28
LUXE ,CALME ET VOLUPTE
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Ange Tissier:Odalisque ,1860,huile sur toile,Paris musée des Arts d'Afrique et d'Océanie

Beaudelaire voyait dans" les femmes d'Alger dans leur appartement"de Delacroix,présenté au salon de 1814 et aussitôt acheté par l'Etat,par Louis Philippe"un petit poême de tristesse insondable".Tout dans les risques et dans les habitudes,suggérait en effet de la mélancolie

Delacroix s'extasia dans son journal:"C"est beau! c'est comme au temps d'Homère!La femme au gynécée s'occupant des enfants ,filant la laine,ou brodant de merveilleux tissus.C'est la femme comme je la comprends".Les feministes apprecieront,les esthètes se réjouiront

Ses notes ,ses croquis ,ses études préparatoires à l'aquarelle ou au pastel répertoraient les détails et les coloris des costumes ,des mules,des boutons de passementerie,mais aussi les accessoires du décor.Il en ellimine certains,mais donna une importance particulière à la porte de bois sculptée peinte en rouge"cinquième personnage du tableau"

Tres répandu dans les anciennes demeures algéroises on retrouve également le miroir doré importé des fabriques spécialisées de Provence ou de Venise,qui ornait tous les murs

Sensible à tous les raffinements de la vie orientale,Cournault transcrivit une scène dont l'atmosphère intimiste et les coloris rappellent celle de son illustre aîné et ami,et en confirment la véracité.Le musicien au talon bien appuyé sur le sol,la femme assise en tailleur ,les têtes inclinées, les accessoires et les tonalités profondes qui sont les mêmes que dans les "Femmes d'Alger",ont été dessinés sur place,comme toutes les autres prétentions du peintre.Le reproche fait à Delacroix d'avoir disposé dans son tableau "Des éléments du bazar oriental"comme le narguilé ou le braséro,semble de ce fait injustifié

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