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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 23:43
Mausolée de Moulay Abdeslam Ben-Mechich-Août 1794 Journal de Gabriel
Mausolée de Moulay Abdeslam Ben-Mechich-Août 1794   Journal de Gabriel agrandir

Tamachraft :boucle d'oreille

L'endroit était impressionnant.Autour du marabout blanc , s'étendait un vaste camp blanc planté de "Khaima" .Les tentes étaient attribuées à chacun en fonction de son rang dans la confrerie.On retrouvait la distribution classique entre les quartiers résidentiels , les zones de commerce et celles de recueillement.Alentour , il n'y avait aucune habitation.

Abderrahmane était arrivé la veille .Il semblait en effet tres intime avec Moulay el'arbi.L'ambiance était chaleureuse , exaltée même,mais rigoureusement structurée.Sous cette apparence solidarité , je sentais vibrer les destins solitaires , les ambitions assoiffées de gloire, la volonté de vaincre , d'être reconnu , de devenir.Je fus tres impressionné.

-Quelles sont vos imprssions?me dit-il de suite , le regard rivé sur le mien.

-J'ai apprécié.C'est une expérience édifiante.

-Lui rendre compte dans le détail de tous nos entretiens me semble suffisant , et vous avez toute ma confiance

Puis , il eut un long silence.

-Et elle.?Comment va -t -elle?

ETERNEL RETOUR? Nada

Ici s'arrêtait le cahier de feuilles photocopiées déposé à la reception de l'hôtel.Il était semblable à celui de la veille que j'avais lu à Dar el 'Amia"Je te passe ce texte.J'en ai récupéré une copie,je ne sais pas trop comment ! Elle était au Palais.Je travaille dessus pour ma thèse.Il y en a quelques autres à ta disposition.A bientôt Mina"

J'appelai Nassim.Par chance,le réseau était disponible.

-...Je te tappelle parce que l'on a récupéré un tresor.!Mina ,fait une thèse et m'a donné de la documentation.Et devine?Le journal de Gabriel?La suite de ce que j'ai lu l'autre nuit

-Et tes yeux au fait?

-ça va nettement mieux.

En raccrochant , j'avais vraiment envie de rentrer.J'avais envie de discuter de vive voix avec Nassim.Il me manquait.Condamnée à ces allers - retours , il était temps de partir , mais non sans avoir revu Mina.Je reservais mon billet pour le surlendemain , avant de descendre dîner

TROISIEME MESSAGE Nada

De retour à la maison , je me jetais sur mon ordinateur.J'imprimais les textes traduits par Nassim.Le courriel commençait par le traditionnel message de l'expediteur

"Je déduis de votre patient silence une tout aussi patiente lecture qu'il encourage à poursuivre mes envois.Fès...la Maison Bleue , il est temps d'en parler...D'autant plus que vous connaissez les liens...

GABRIEL@

...Prudence ou imprudence...Sagesse ou folie...Le Dey m'avait investi d'une délicate mission.Il voulait savoir quel rôle avait joué l'Inconnu dans la maladie de Khedaouedj...Il me paraissait évident que la révélation de la vérité la ramènerait vers la lumière et l'espoir.Pour être totalement honnête , il me faut ajouter autre chose :je déniais à Abderrahmane toute noblesse de sentiment et j'étais jaloux de l'influence qu'il avait pu avoir sur elle.Comment avait-il pu la subjuguer à ce point?

Si j'avais la preuve d'une quelconque inclination d'Abderrahmane pour Khedaouedj , je ne serais pas rentré là-bas.Parce que j'aurais eu le sentiment de tout perdre.Jaurais perdu mon sang -froid s'il m'avait révélé la moindre inclinaison pour elle...Sans preuve , je n'ai pas bronché..Mais s'il s'en était presenté une seule ,j'aurais été capable de tout .Pour en finir

Mais ,les questions vinrent me torturer.Comment avait-il su pour elle ?Et pourquoi cet intérêt poli?Simple courtoisie à l'égard du Dey?La formulation elle-même , "Vous lui direz aussi , à titre personnel.J'ai su pour sa fille.Dieu en a voulu ainsi.C'est une sainte",ne dissimulait -elle pas une vénération , une admiration amoureuse?

J'étais malheureux.Je tentais de me rappeler son expression , les traits ,lorsqu'il avait pronnoncé ces mots.Je redoutais d'y lire une folie passion pour Khedaouedj

Sur le chemin du retour , alors que les difficultés du voyage troublaient mon repos,je trouvais quelques instants de répit , agités de rêves insensés.L'un deux se déroulait dans la chambre de Khedaouedj, à l'étage;il se tenait à ses pieds et lui déclamait un poème.Les mots me revenaient, calligraphiés dans mon cauchemar, entrelacs d'une envre dorée qui se confondaient avec le décor de la pièce et de fines armatures dorées de son lit.Les strophes s'incrustaient dans mes yeux , les brûlaient .Ces vers, je ne les connaissais que trop bien: c'étaient ceux que j'avais improvisés le jour où nous avions lu, elle et moi des poèmes d'Omar Khayyâm.Ces vers étaient miens!Et il se les appropriait!J'étais persuadé qu'à mon réveil , j'aurais à mon tour perdu la vue,les yeux percés par l'éblouissement vision du poème...Et Khedaouedj restait là,immobile , hypnotisée par les calligraphies.Dans mon rêve , l'Inconnu était silencieux.Il voyait les mots et elle les voyait à travers ses yeux.Aveuglée...par l'amour?Ou ensorcelée par le froid regard de Si Abderrahman?

Khedaouedj s'était fait prendre dans la lumière comme un papillon de nuit.Brûlée dans son âme,elle s'était ensuite éteinte,comme une bougie lorsque la mèche finit de se consumer.Il aurait ainsi capturé non seulement son regard mais ses yeux pour en voiler toute lumière.Ce cauchemar,fruit de mon imagination et des fatigues du voyage,garda au reveil la force évidente de la vérité.

Je ne pouvais achever .Hassan Pacha me fixa , l'air étonné.Mon empressement trop vif était visible.Il avait le sentiment d'en avoir trop dit

-C'est -à -dire Gabriel...Le dernier soir,nous avons parlé,comme je te l'avais dit.Il avait vu le petit portrait de Khedaouedj dans mon bureau.Ensuite , il me demande quelles étaient mes intentions pour l'avenir de ma fille.C'était direct,sans long preambule,sans hésitation.Dans un premier temps , je suis resté évasif.Khedaouedj me semblait encore si jeune...Il affirma qu'il était grand temps de songer à lui trouver un époux.Je l'interrogeais à mon tour.Il me dit que selon la tradition ,il avait été marié cinq ans auparavant à l'une de ses cousines,qui attendait leur troisième enfant.Il espérait un heritier mâle qui lui avait été refusé jusqu'à present.Alors...j'ai menti.Je lui dis que ma fille était promise à un haut dignitaire ottoman.Il se raidit.Il est parti le lendemain.Mais, Gabriel , je te l'assure,Khedaouedj n'a jamais rien su de tout cela.!Tu es le premier à qui je m'en ouvre ce soir.Ces souvenirs me pèsent tellement et depuis si longtemps...J'y ai mille fois réfléchi,elle n'a rien pu savoir.Elle ne l'a pas même vu.Ils ne sont même pas croisés...Alors pourquoi?Pourquoi a -t-elle sombré dans le desespoir?Pourquoi a-t-elle perdu le goût de vivre?Cette maladie inexplicable...Enfin , j'aurais aimé savoir,comprendre peut-être...

J'étais donc destiné à retourner au royaume chérifien pour y decouvrir le mystère .Pourtant , presque deux ans devaient s'ecouler avant que je ne puisse partir.

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 23:37
Chroniques des années 1794 à 1796 Journal de Gabriel
Chroniques des années 1794 à 1796                             Journal de Gabriel agrandir

Heubier de Tlemcen :dinanderie

J'ai peu à peu découvert ce que Hassan Pacha attendait de moi :retrouver l'Inconnu pour entrer en contact avec lui.Sidi Mohammed en 90 et le bref épisode de Moulay El Yazid,son turbulent fils , avaient fortement déstabilisé le pouvoir alouite , déchiré par des luttes fracticides qui perduraient , laissant le royaume exsangue...

Hassan Pacha voulait néanmions renouer avec le Sultanat.La Régence , soumise à d'incessants troubles permanents sur sa frontière voulait des assurances.Et c'est pourquoi il m'envoyait à Fès.Nous étions en mai 94

-Gabriel ,te souviens-tu ce visiteur venu de Fès?

Il cherchait ses mots , gêné d'avoir à me révéler maintenant ce qu'il avait tenu à me cacher alors.

-Excellence , je comprends fort bien de ne pas être l'homme de la situation...

-Non !tu es celui qui convient.

-Ce n'était pas prévu.Ni lui, ni moi n'avions envisagé cet aspect-là des choses.Nous avions tous deux plusieurs objectifs en tête.Pas simplement la stabilité du politique.Il y avait les questions économiques .Mais les deux ne sont-ils pas liés?Comment ne pas être tenté d'user de l'un pour construire l'autre?Il faut reconnaître que loin de faire front commun , chacun jouait pour son propre compte , tout en maîtrisant fort mal le processus économique aux mains d'étrangers.Tu n'es pas sans le savoir , nous convînmes d'un accord avec la Maison à Marseille qui bénéficie aussi du monopole d'Afrique

Si le comerce s'en trouva amélioré , son contrôle nous échappa totalement .Alors que le Dey avait, e une dizaine d'années , réussi à se soustraire au contrôle politique de la Sublime Porte , à prendre la main sur la Course à la place de la Taifa , il fallait maintenant convenir que le pouvoir économique était en passe de tomber aux mains des marchands européens et juifs...

Chez notre voisin chérifien , la tendance était et reste similaire.Les concessions sont frquentes sur les grands ports;l'ouverture sur l'Atlantique était jugée prioritaire et la Course fut freinée , en passe d'être interdite purement et simplement .Mais les caisses du Sultan ne se remplissent pas plus que les nôtres , alors qu'il doit dépenser beaucoup pour se maintenir en place.Il est à craindre que l'être du pouvoir unique et souverain régissant tous les aspects de nos sociétés soit bel et bien révolue avant même d'avoir pu être consolidée...A moins de trouver de nouveaux alliés ...Je veux trouver une réelle force d'appui coordonnée...un contrepouvoir...à l'occident.C'est cela que je veux m'employer.Il faut que tu ailles à Fès , que tu le rencontres , le sondes , apprécies l'évolution de ses idées qui m'avaient paru assez proches des miennes...

Et puis , je n'ai pas fini...Il s'agit d'elle.Je n'ai jamais pu oublier que sa maladie a commencé dans les jours qui ont suivi son départ , à lui.Je veux savoir ce qui s'est passé

Dar El Azrak-Fès mai 1794 Journal de Gabriel

J'étais , sous une fausse identité , un bon Musulman de retour du Pèlerinage , hormis le risque de se faire dévaliser

Hassan Pacha m'avait donné une lettre de recommandation et une adresse à Fès , pres de Bab Boujloud :Dar el Arrak , la Maison Bleue

Rien de la rue ne laissait soupçonner des espaces aussi vastes et richement décorés que ceux que je decouvris là.C'était une maison luxueuse qui rappeleait notre palais...

Un homme encore jeune était assis dans un angle du grand salon patio.Immobile , il semblait méditer.Je le reconnus immédiatement:L'Inconnu ou plus exactement Si Abderrahmane El Arbi.Au bout d'un long moment , il leva vers moi ce regard de félin qui m'avait tant frappé bien des années plus tôt.Il se leva ,me salua longuement.L'esquisse d'un sourire vint ponctuer le cérémonial , signe habituel de l'hospitalité et non d'une quelconque amitié...

-Vous serez surpris,inquiet peut- être de tant de precautions.Mais il le faut.Mes activités ne sont pas de goût de tout le monde à Fès.Et je suis tres surveillé.Même en ma demeure.

J'étais dans un embarras proche de la panique

-Hassan Pacha ,donc,s'interroge.Il voudrait ,par mon intermédiaire , connaître votre appreciation de la situation actuelle.Les temps ont changé ; certains problèmes s'amplifient .Des tensions apparaissent.Mon maître , tout en souhaitant connaître l'état de vos reflexions , reste fidèle...à vos echanges.Il y retrouve , aujourd'hui plus qu'en ce fameux hiver , peut-être une possibilité reelle de ...rapprochement , enfin de front commun, de collaboration.Il n'en veut pour preuve que...

Il me laissa poursuivre

-Plus concrètement , dans la situation politique actuelle , les relations commerciales se développent de façon aléatoire,reconnaissons-le.Le Dey voudrait y mettre un frein,voire une fin , en retrouver la maîtrise plus exactement.Mais tout nous échappe.Les états européens nous sollicitent peu,prefèrent se tourner vers des négociants...Son regard me glaçait;il m'angoissait.Ce fut sa froideur extrême, à la limite du mépris , qui me sauva d'un echec total

-Notre situation est bien souvent identique à la vôtre:il y a des gens en place,ils ont des contacts.Ce sont les affaires...

-Cétait dit.Ces mots m'écorchaient les lèvres , pourquoi?Sentiment instinctif de trahir encore ma foi , mes convictions , ma naissance et ma terre?De me renier une fois encore?Pour toujours , je serai un mauvais rénégat , coupable d'une eternelle duplicité , à la solde d'un régime peu scrupuleux et affaibli , entreprenant des pourparlers avec une puissance doublement ennemie :de ma terre natale , de mon pays d'adoption...Je me faisais honte , la pire de ma vie

Je m'étais insensiblement tassé sur mon banc ;en levant les yeux , je fus terrifié par mon interlocuteur , si grand, si fier , hautain.Une noblesse à laquelle je ne pourrais jamais pretendre...Etait-ce pour cela qu'elle avait succombé?Qu'elle s'était enfermée dans la mélancolie ?Cette image me frappa à un tel point que j'en fus révolté!Ma vie ne valait elle-pas la sienne?Mon caractère n'égalait -il pas le sien?Alors pourquoi?Contre toute attente , il se montre ouvert:

-je sais combien votre mission est difficile, bien plus que la mienne à Alger.N'ayez crainte, je vous entends .Je ne peux malheureusement parler qu'en mon nom , contrairement à vous et à titre tout à fait confidentiel.Vous le savez , Moulay Sliman a fort à faire.Les confréries tres actives,sont difficiles à contrôler.Je fais partie de ceux qui s'y emploient au nom du Sultan.Mais personne en maîtrise rien...Nous sommes des gens de Foi , de tradition et...d'allegeance.Mais cela n'est pas sans creer des tensions quand le pouvoir est nouvellement en place.Il nous faut du temps.Preserver la tradition , y puiser les forces nouvelles.Ensuite, être attentif.Vous ne le savez sans doute pas, mais je suis tres proche de certaines confreries, affilé même à deux d'entre elles.Non par goût du pouvoir,par reelle affinité.Si l'on recherche des combattants , au nom de la Foi,tous sont prêts , moyennant une solde.Si l'on veut la paix , la prosperité , l'allégeance , il faut davantage de temps et reflechir , être prudent.

-Les Deerqawa.Une confreie,dirrigée par le chérif Mohammed El Arbi.Ambitieux , il exerce une forte attraction sur tous ceux qui l'approche.

-Je connais Moulay El Arbi..Je vous demande quelques jours ,et nous irons ensemble

Et c'est ainsi que je restais trois mois à Fes.Je restais à Dar el Azrak.Je ne manquais de rien...sauf d'Alger.Et puis , un matin de septembre , un envoyé d'Abderrahmane se presenta.Nous devions rejoindre le mausolée de Moulay Abdeslam ben Mechich, berceau de la confreie des Derqawa

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 23:33
NADA
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Tapis région Tébessa

-Tu sais, j'ai des nouvelles.Mais j'ai écrit , ainsi tu n'aurais pas à retranscrire.Ma vue s'est bien améliorée.

-J'en suis ravi.Moi aussi , j'ai des nouvelles!

-De quoi s'agit-il?

-Une autre enveloppe est arrivée ;et je t'ai envoyé la traduction par courriel.

-D'accord ! J'y vais et je t'écris la suite , donc .Ici ,j'ai toujours peur de perdre quelque chose,les papiers surtout ,alors à toi de mettre cela de côté , dans ton propre désordre

Un prêté pour un rendu .Le compte y était . Je pouvais poursuivre sur un autre thème.

-Mais il y a autre chose que je dois dire.

-C'est quand même étrange toute cette histoire...si j'essaie de trop m'interroger , j'ai l'impression que je vais casser quelque chose!!

-Oui c'est la même chose pour moi!

--Mais tout va bien?

-Oui , si je ne cède pas à la paranoia!Je suis assez tiraillée ; mais il y a encore des choses au palais ,j'ai l'impression que ...Mais ,les enveloppes ? D'où viennent-elles?

En arrivant à l'hôtel ,une enveloppe épaisse m'attendait à la reception.Je ne songeais pas à demander qui l'avait déposée.J'étais trop fatiguée...

ALGER 1791 Journal de Gabriel

Mon maître fut élu.Il prit la lourde succession de Mohammed Ibn Othman en cette année 1791 sous le titre d'Hassan Pacha .La vie au Palais de la rue Socgmah fut boulversée du jour au lendemain.Mais lors sa prise de fonction , Baba Hassan s'installa au palais el Janina

Se posa alors la question de mon devenir .Allais-je rester à Dar el 'Amia ou le rejoindre là-bas?La vie au palais du Dey suivait une organisation militaire particulièrement stricte.Le Dey ne pouvait rejoindre son domicile , qu'il ait ou non une famille.Il était tenu à une sévère obligation de residence qui ne souffrait aucune exception.Il n'avait droit qu'à une seule nuit par semaine aupres des siens et ceux-ci n'avaient pas le droit de s'installer à el Janina.On dit à ce propos que "le Dey est un homme riche , mais qui n'est pas maître de ses tresors ; père sans enfants époux sans femmes, despote sans liberté , roi d'esclaves et esclave de ses sujets...C'est tragiquement exact.Le Dey était reclus , prisonnier de ses propres Janissaires , dont il redoutait en permanence les complots et trahisons.Peu de temps aprs sa prise de fonction , il me fit convoquer à El Janina.Il n'était quasiment pas revenu à notre palais , trop occupé par sa délicate installation.

Je fus reçu dans une pièce étroite,au-dessus du jardin...Le seul agrément était le petit jardin du Khaznadji où il est d'usage de jouer de la musique tous les matins.Telles furent les details dont je me rappelle.

Mon maître était bel et bien prisonnier.Il était fatigué , les traits tirés , il prenait le temps d'apprécier les "noubat",il semblait ici ne pas entendre.

-Ils ont l'habitude de jouer , ils font presque partie des meubles!

Il sourit malicieusement avant de poursuivre

-J"essaie de varier leur répertoire , mais ce n'est pas facile...Et puis , il y a tant de choses à faire...Je t'ai fait venir parce que , Gabriel , tu dois choisir.En tant qu'affranchi, tu ne peux integrer le Palais.Mais je peux te faire passer pour un "Kouloughli",comme si ton père fut turc et ta mère indigène...Les temps ont changé.Autrefois , la milice leur était interdite , mais maintenant...Je peux t'arranger un poste à mes côtés , ici.T'intégrer dans le corps des écrivains , les "Khodja".Mais pour y pretendre , il faut être turc et passer les axamens.Je gouverne , je suis puissant , mais je dois respecter les règles .Je ne sais ce que tu souhaites.Par ailleurs , le devenir du palais me préoccupe , je ne peux plus y vivre...Ses yeux avaient brillé un court instant.Il murmura:

-C'est comment là-bas?

Il voulait parler d'elle, de Khedaouedj.Mais il n'osa pas.

-Que pourrais-je faire d'autre ?Dis-moi?

-Elle est comme toujours.Elle vit dans la résignation.Elle vous admire beaucoup!

-Enfin , il me serait utile que tu restes au palais de la rue Socgemah

Sur ce point,il ne changeait pas.Alors qu'au début de notre conversation , il me donnait le choix,il venait brusquement de trancher à ma place .J'étais pris de court , mais soulagé

...Mais quelles seraient mes foctions?J'aime travailler à votre service...

-Tu continueras.Il y certaines affaires que je n'entends pas traiter d'ici,certains contacts que je veux reprendre dans la plus totale discretion.Je compte sur toi pour cela.Je passerais desormais une fois par semaine, quelques heures,à la maison.Tu seras là .Tu exécuteras mes ordres .Tu peux disposer.

L'entretien était fini.Apres le court instant d'abandon qu'il avait eu à l"évocation de sa fille , il avait repris son rôle , impitoyable et strict.Celui que je lui avais toujours connu, celui auquel je devais mon salut .Je fus raccompagné à l'exterieur par deux "kouloughlis" particulièrement mal embouchés qui me firent rendre grâce à la décision que venait de prendre mon maître de ne pas m'integrer à sa garde

Les rendez-vous eurent lieu comme il l'avait ordonné .Hassan Pacha venait chaque semaine et ne manquait jamais de me faire appeler .Et c'est ainsi que je me suis trouvé mêlé aux complexes affaires qui préfigurèrent la fin de la Régence

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 20:47
LES JASMINS FANES OU LE POEME DE GABRIEL Khedaouedj
LES JASMINS FANES OU LE POEME DE GABRIEL                       Khedaouedj agrandir

Scène Kabyle ,scène Chaoui

Gabriel me faisait confiance au point de me dire ce qu'il aurait dû taire.Peut-être voulait-il ainsi soulger l'inquiétude que suscitait cette mission.Il me semblait prêt à me faire partager certaines choses de sa vie;peut-être se sentait-il trop seul?

Le lendemain ,il revint sur le sujet.

-Je suis à ta disposition pour lire.Gabriel peina à dechiffrer les premières pages.La calligraphie ,fort ancienne,tres ronde,déformait certaines lettres.Pourtant l'auteur ou le copiste avait pris soin de noter les voyelles brèves ce qui facillitait la comprehension des mots.Bientôt,il s'habitua.Entraîné par le bruit du poème et les arabesques des phrases,sa voix devenait plus chaude,plus grave.Je m'y perdais un peu.J'en eu beaucoup de plaisir,j'étais tres émue et j'aimais sa voix.A un certain moment,j'eus l'impression qu'il ne lisait plus,mais qu'il improvisait.Lui aussi se laissait bercer par le texte,par le matin calme dans le parfum des jasmins.Les vers non seulement lui devenaient évidents mais entaînaient son imagination dans une voluptueuse musicalité.Une strophe éveilla mon attention plus que les autres.

"Et pareil à une branche alourdie de fleurs fanées

Se penchait sur l'eau

Mon corps par les larmes épuisé.

La fontaine s'emplissait,

Enflée par l'orage

Et les fleurs trop tôt assassinées.

Le palais murmurait de l'écho d'un amour inavoué

Seul,sur le rebord,se penchait pour se mirer

Un narcisse parfumé."

Vivement surprise,je ne pus retenir un geste d'étonnement.Il s'arrêta.Puis reprit sa lecture.Sa voix avait baissé en intensité,il chuchotait à peine.Je ne dis rien,lui non plus.Gabriel était ainsi il préférait se taire.

Cette lecture devait précéder de quelques heures la reception donnée par mon père pour l'Inconnu.Gabriel avait lu,il avait inventé aussi,j'en étais persuadée.J'avais aidé au début;mais ensuite,il en fit son affaire.Ce fut ma dernière lecture puisque peu de temps apres,je sombrais dans les ténèbres.Cet instant m'avait plu; il m'avait littéralement envoûté ,peut-être parce qu'il m'avait été ...imposé et que,contrariée et d'humeur sombre,j'y avais trouvé la sérénité et le plaisir que je me refusais. Gabriel,discret et effacé,cachait une force de caractère que je découvris ce jour-là.Alors que depuis toujours , je vivais librement les caprices de mon humeur , il m'avait doucement mais fermement soumise à sa volonté et tirée de mon triste isolement boudeur.Sans résistance, je m'étais abandonnée.Et puis, j'ai tout oublié , comme pour cacher ce moment de faiblesse...Ma mémoire ne voulut garder que les évènements des soirs suivants,par une déviation frauduleuse , une ultime façon de resister à la volonté de Gabriel et au plaisir qu'il m'avait offert

Lorsque je voulais relire ces poèmes , dans le but de savoir s'il en avait ou non inventé certains sonnets , je ne les trouvais pas.Le manuscrit n'était pas revenu à sa place dans la bibliothèque.Quand j'interrogeais Gabriel , il me fit répondre qu'il était tres pris , ne pouvait venir me parler et avait gardé le texte pour l'étudier davantage.

J'avais la tête vide et m'ennuyais beaucoup.Le seul remède , la relecture des poèmes , m'était refusé.Loin de me rapporter le livre, Gabriel avait tendance à m'éviter.Ensuite , ce fut moi qui le tins à l'écart.

J'entrais dans la tristesse parce que tout m'abandonnait depuis cette matinée.N'était-il pas préférable de pleurer le départ d'un inconnu?Je voulus croire ce sentiment de manque et d'ennui éprouvé depuis la lecture avec Gabriel et dont la nature m'échappait..Seule une grande peine ou la perte d'un grand amour pouvait cacher mes émotions bien peu comprehensibles , mes petits espoirs quotidiens et dérisoires , celui d'espérer la simple présence de Gabriel et son estime dont je me sentais soudain indigne.Je me rendais compte combien il m'était précieux.

J'eus la conviction , en retrouvant ces souvenirs enfouis , révélés par l'hypnose , que mes sntiments s'étaient détournés de leur objet.Mes voeux se portaient sur l'inconnu.J'avais ,je pense , été victime de ma propre imposture.

Gabriel jouait l'indifférent , l'éternel absent. Sans oser me l'avouer , j'en étais ...désespérée.Il ne pouvait agir autrement parce que nos vies ne devaient pas se rencontrer ainsi.Antant ,alors ,m'enfuir dans un autre destin , celui , toujours de l'amour impossible mais pour un homme dont on devait tout ignorer .Cela le protégeait .Le rendrait jaloux? Le forcerait-il à s'exprimer?

La meilleur preuve en est, ce manuscrit.Gabriel l'a bel et bien gardé.Il ne l'a jamais replacé dans notre bibliothèque qui fut ensuite dispersée.Il savait les poèmes par coeur.S'il oubliait une strophe , je le reprenais.Il terminait toujours par celles qu'il avait composées,puis se taisait un moment , avant d'ajouter:

-Pour ton plaisir

-Partagé , j'espère.

-Toujours.

Et puis tout s'arrêtait .Mon père n'était plus , nous étions seuls...

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 21:17
LE POLYGONE ETOILE Nada
LE POLYGONE ETOILE                                       Nada agrandir

Scène traditionnelle citadine

Je lus avec difficulté le texte de Gabriel,il était manuscrit et en espagnol.Gabriel avait repris l'écriture,complétant certains passages particulièrement importants.Il ne semblait pas avoir corrigé ses premiers ecrits.Il avait voulu,par des ajouts plus tardifs,remettre en perspective des faits dont il n'avait pu saisir toute l'ampleur.Il manquait un eclairage que le journal de Gabriel venait apporter.Je m'aperçus alors que le courriel de Nassim accompagné de la traduction du même journal m'avait également contrariée.Il intervenait comme une intrusion qui m'avait blessée.Il pénétrait par effraction dans le monde que je partageais avec elle.D'autres venaient s'en mêler et pas n'importe qui!"Nos yeux"J'avais tenu Nassim à l'écart de mes impressions

Pourtant...je lui confiais tout de ma vie.Il savait tout dans les moindres détails.La vie de Khedaouedj s'entrecroisait avec les évènements relatés par Gabriel.

L'image du polygone étoilé me revint à l'esprit.Cette petite étoile noire,dissimulée des zleliges dont elle est la clé de l'ordonnancement...Deux histoires se superposaient avec leur logique propre;celle de la jeune aveugle,fille du futur Dey et la mienne:dex destins que tout séparait,le temps comme la géographie,se trouvèrent réunis dans la fulgurance d'un soir.Deux vie dont les parcours se répondaient au-delà des siècles,s'emboîtaient,l'une attendant l'autre pour recomposer le polygone effacé.Ainsi,par une simple étoile,se structurait le puzzle de nos expériences,s'ouvrait la possibilité inquiète du dechiffrement de nos destins,si étangement mêlés.Les premières étoiles disséminées dans Fès,celle qui apparut ensuite sous le halo de la pleine lune devant la maison bleue:toutes ,voies lactée de l'improbable,conduisaient vers Dar el 'Amia.Je lisais dans la figure étoilée ce qui devait rendre comprhensible l'inextricable enchevêtrement de ces derniers mois.Me serait-il possible,par quelque magie de l'imagination,d'écarter encore les voiles du temps et de retrouver la lumière des siècles passés?Et purquoi pas,de l'éclairer,elle,sur ce qu'elle avait ignoré...

LA NUIT Khedaouedj

J'ignorais encore l'objet des entretiens entre mon père et l'Inconnu.J'avais été tenue à l'écart pour des raisons...diplomatiques.Et si Gabriel n'avait,des années plus tard,révélé leur existence,elle n'aurait jamais existé.Pas plus que l'Inconnu.Une seconde disparition,un effacement des mémoires et de l'histoire pour raison d'Etat...Cela m'était insupportable.

MATIN MAGIQUE Nada

Du chemin parcouru,je n'avais aucune image.A croire que mes yeux ne s'étaient ouverts que pour saisir le plongeon dans les flots.Mais à ce moment ,je sus que la vision me serait rendue ,que mes yeux à travers les tiens,verraient à nouveau.Que nous serions sur une plage,face à la mer.Que tout deviendrait possible ,grâce à toi.Mon reveil fut embué de bonheur.J'étais sauve,de l'autre côté du miroir;le monde devenait limpide,parce qu'il s'était inversé

SECOND MESSAGE Gabriel @

...Parler d'elle.J'hésite encore.Je n'ai jamais su ce que je fus pour elle.Jamais comme l'un des emplyés de son père,encore moins comme un esclave.Je n'entrais véritablement à son service qu'apres le"raz de marée".J'avais utilsé cette image un jour pour parler de sa maladie.Ce flot de larmes qui la submergeait provenait,pour ce que j'en comprenais,d'un séisme interieur et caché aux conséquences effroyables,d'une faille géante brusquement ouverte dans son coeur,capable de l'engloutir et de dechaîner la vague monstrueuse qui ravageait sa vue et sa santé.La comparaison lui plut.Et nous l'adoptâmes entre nous.

Ainsi commença "notre vie",parce que je dois le dire,je ne l'ai plus guère quittée à partir de ce jour-là.Je la voyais chaque jour,apres la troisième prière"j'étais aupres d'elle" Il devint évident que ma place était là et que je ne la quitterais pas,sauf si l'on m'en chassait

Je ne peux expliquer autrement le début de notre intimité.Son père ne protesta pas.Il me demandait fréquemment de lui tenir compagnie et de veiller à varier ses lectures,choisissant dans la bibliothèque l'ouvrage qu'il souhaitait qu'elle découvrit

Khedaouedj avait un caractère difficile.Bien d'autres n'auraient jamais accepté de remplir ce rôle de ...garde -malade?Je ne sais comment le qualifier.Je ne cherchais qu' à le conserver,quel qu'il soit.Le "raz de marée"n'expliquait pas tout.J'ai pensé au début qu'elle allait réagir,se rendre compte au bout de quelques mois.Je compris ,peu à peu que la visite de l'Inconnu n'avait été qu'un pretexte,que son mal ne venait pas de cette soirée de decembre et que la "faille" existait en elle depuis toujours.C'est sans doute pourquoi elle apprecia l'expression "raz de maree" parce qu'inconsciemment,elle savait tout cela

Pourtant ,je me suis bien laissé prendre,au début tout au moins.Je pensais m'en remettre à la science et trouver le medecin capable de soulager son mal.J'ai essayé tout essayé.Convaincre qu'elle était trop intelligente pour glisser infiniment sur les pentes du desespoir,j'usais de tous les moyens ma logique,la persuasion,la foi.Ce fut elle qui me fit decouvrir,en me demandant de les lui lire,les plus grands poètes soufis.Et que trouvais-je?L'Amour fou,la volonté de rejoindre un Absolu qu'on sait hors d"atteinte si ce n'est dans l'Amour de Dieu...Je ne pouvais pas lutter.Je l'écoutais et tombais sous le charme de sa mélancolie...

NADA

Je restais abasourdie.Le texte de Gabriel me boulversai talors que le precedent,l'extrait de son journal,sa provenance était toujoiurs mystérieuse.Les recits de Khedaouedj n'avaient jamais laissé apparaître un tel penchant chez Gabriel.Ou bien;alors avait-elle préféré se taire?

Je répondis rapidement au courriel de Nassim

-Bien étranges confidences...Qu'en penses-tu?Pour ma part,je suis tombée par hasard au Palais où j'ai dormi,sur un extrait du journal de Gabriel?

.Tres instructif,il n'y parle pas du tout d'elle,mais beaucoup de l'Inconnu

En rejoignant Mina,devant la Grande Mosquée,j'essaiyais de faire le vide dans ma tête et de freiner mon imagination échauffée par la lecture.Le passé m'entraînait corps et âme plus de deux cents ans en arrière;J'étais elle, ou presque.J'avais seulement eu la chance de lire quelques extraits des écrits de Gabriel,ce qui lui était impossible.Lorsqu'un évènement étrange se produisait,je la retrouvais puisqu'elle venait me parler,se confier à moi,me poussant à poursuivre mes recherches,à decouvrir ce qu'elle avait toujours ignoré...

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 20:42
ALGER 1789 Journal de Gabriel
ALGER 1789                                               Journal de Gabriel agrandir

coffre de la mariée

(journal de Gabriel-certains paragraphes ajoutés plus tard,vers 1817)

Hassan Khaznadji m'a désigné pour accueillir un haut dignitaire dont je devais ignorer l'identité.C'est une marque de confiance qui m'emplit de fierté

Le Dar Es Salam venait donc du Maroc.Je n'imaginais pas un seul instant que mon maître se mit au négoce

Je reconnu l'homme sans difficulté.Grand ,jeune,à peine, trente ans sans doute,aux gestes vifs et precis ou...febriles.Il ne paraissait pas inquiet alors qu'il avait toutes les raisons de l'être.:Arriverà Alger incognito et pretendre circuler sous une fausse identité relevaient de la pure folie.Pourtant,il nen avait cure.Sous une allure guindée ,pointait une attention extrême:il regardait la ville avec un regard noir et acéré perpetuellement à l'affut tel...un félin ou un rapace,un predateur

Dès le premier rendez-vous,je compris pour quelles raisons sa presence devait rester secrète.J'en dechiffrais peu à peu les motifs

Lignes ajoutées en 1817:Il est important de savoir ce qu'ont tenté ces deux hommes et ce qui,si la Volonté de Dieu avait accompagné leurs desseins,aurait pu éviter l'inéluctable chaos dans lequel s'enfonce encore aujourd'hui la Régence et les terres d'Islam du Maghreb!

Les finances du Dey étaient déjà tres affaiblies.Les parts reservées au Dey ,ne permettaient que difficilement l'entretien courant des troupes.Les Janissaires s'estimant mal retribués,menaçaient regulièrement d'en finir avec celui qu'ils avaient porté au pouvoir treize ans plus tôt.Mohammed Ben Osmane,le Dey d'Alger,avait certes obtenu ,par rapport à ses predecesseurs,un répit en signant la paix avec l'Espagne moyennant une forte somme,et d'une grande quantité de provisions de guerre.Mais trois ans plus tard,en 1789,cette rentrée avait fondu comme neige au soleil

Plus tard Rais Hamidou ,redora le blason de la Course.Pendant plusieurs années,la Course retrouva avec lui toute sa gloire en Alger.Il était à nouveau le grand vainqueur de la mer et le fantôme de la Mediterranée que rdoutaient les navires avec l'ennemi européens...Pendant ce temps,les relations avec l'ennemi Espagnol s'étaient apaisées et les atroces bombardements de 1783 et 1784 furent oubliés.Mais d'autres catastrophes surgirent,la peste et les tremblements de terre...Ce pays n'est jamais épargné,à croire que Dieu lui reserve le pire pour venir y savourer le meilleur...Telle fut mon impression au cours de toutes ces années.Mon pays d'adoption ne m'en devint que plus cher entre le Maroc et la Regence.Le Royaume cherifien redoute de tomber sous l'hégémonie turque...Tout en reserve,l'Inconnu soulignait que le sort d'Alger lui paraissait peu enviable à côté de l'independance dont jouissait le sultanat marocain.Mon maître feignait d'ignorer ces alusions.Il rappela fort courtoisement les extrêmes qualités de Sidi Mohamed Ibn 'Abd Allah,l'actuel sultan que representait l'Inconnu,qui reussissaient à maintenir le royaume en paix.Sa succession promettait néanmoins d'être délicate puisque son propre fils,El Yazid,n'avait pas hesité à trois reprises à se proclamer sultan à la place de son père !De retour de la Mecque ,le fils impetueux n'avait pas hésité à piller au Caire une ambassade depêchée par son père,à s'emparer des richesses destinées aux chorfa du Yemen pour lever une bande armée.Tentant de rejoindre le Maroc pour obtenir le pardon paternel,il s'était arrêté en Alger qui resonnait encore de ses excentricités et de elle de sa troupe...

Alger n'ignorait pas que le royaume cherifien entretenait des negociations suivies avec la Turquie et la France dans le double but de faire reculer la chretienneté et d'obtenir une stabilité politique favorable au commerce.Vu sous cet angle,le projet était noble.Mais il dissimulait des tractations plus pernicieuses que soupçonne le Dey d'Alger

J'ai perçu,par instants,une connivence,une volonté utopique peut-être de rapprocher deux mondes dissemblables,agités par des siecles de combats fraticidesComment en arrivèrent-ils là?.Ils ne pouvaient saisir l'amplitude du cataclysme qui allait dechainer l'Europe...et ce n'était pas leur preoccupation immediate.Les deux hommes pragmatiques,soucieux des finances de leurs maîtres,pensaient en priorité à la prosperité du commerce,à contrebalancer l'inflence grandissante des marchands juifs et chretiens,au dtriment du négoce local...

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 01:05
MINA MA PRIERE,ALGER 1790 Khedaouedj
MINA MA PRIERE,ALGER 1790                            Khedaouedj agrandir

Coffre bèrbère Grande Kabylie :en bois

Tu étais entrée dans ma vie en rafale,un soir d'orage.Ruisselante,tu échouas sur le tapis de la coursive.Je sentis l'humidité de tes cheveux.

Khedaouedj, ôNom du Miséricordieux!Laisse-moi me sécher un peu!Je n'en peux plus!

Mina,comme je me souviens de toi!En te séchant tes cheveux,tu riais déjà.Je sus d'emblée comment tu étais,ce que tu serais,comme une soeur,mon exact contraire.Ton coeur qui battait la chamade au premier passant,guettant une future conquête.Ce soir-là,je ne t'ai pas oublie.Notre relation fut incroyablement compliquée.Tu pouvais me suivre partout,bien souvent,tu n'étais pas là,partie!Gabriel,c'était la tranquilité et le silence;toi,la frénésie et le desir de tout devorer.Les joies coulaient sur ta peau ,comme un baume,les peines eteignaient ton regard le ,le temps d'un éclair,puis,tu en riais.Je n'avais jamais connu cette soif de vie et cette energie qui balayaient toutes les difficultés.Mina,si tu t'en souviens...Si tu m'entends par -delà les années...

...Si j'avais pu voir ,te voir?Non,je me plaisais à suivre ta voix grave et apaisée par la prière.J'étais bien...

LOINTAIN Nada

...Du courrier que j'ai reçu et fait traduire.C'est dans ta boîte Mais tu ne comprends plus,j'ai l'impression!Complètement renfermée!

-C'est vendredi,je te rappelle et les cybercafés sont fermés!

-Ouais ,toujours une bonne excuse!Enfin,si tu as le temps ,passe voir,celà peut t'interresser.Je dis ça comme ça...A tout à l'heure

Me manquait-il?Au moment de partir bien sûr.Mais maintenant ,non . Alger ,est ainsi faite que la mixité y est difficile.Mina était d'un autre quartier,elle avait une vie differente de celle des habitants d'ici .Cela se voyait .Quant à moi...j'étais étrangère,mais si je pouvais passer pour Kabyle sans trop de difficultés

J'avais hâte de lire le courriel.La seule solution était de rejoindre l'hôtel Aurassi où je pourrai consulter Internet le message était là accompagné d'un commentaire

-Voilà.J'ai reçu une enveloppe par la poste.Elle contenait les photocopies d'un texte ancien,en espagnol.Je l'ai fait traduire.Mon espagnol maternel m'y suffisait,le document est trop ancien...Le texte que l'on m'a rendu est une pièce jointe.J'ai crée une adresse spéciale Gabriel-1789@yahoo.fr pour que tu puisses les lire facilement.Le mot de passe,c'est ton prenom.Ah!J'oublie!Dans l'enveloppe,il y avait un petit mot de passe manuscrit de l'expediteur."Il semble que vous avez entrepris quelques recherches pour lesquelles ce texte ancien peut avoir quelque interêt..."

PREMIER MESSAGE (1) Gabriel

"Je vivais au Palais parce que tel fut mon destin.J'étais esclave du Ministre des Finances du Dey d'Alger.Son majordome m'avait choisi apres le naufrage du Santa Maria de las Nieves suer lequel j'avais embarqué au départ de Séville.

Malgré la saleté de mes guenilles,j'avais été jeté du côté des "semi-precieux",trop maigrichon pour la chiourme ou les travaux de force.Mon destin...Un musulman me repéra.Il me demanda en espagnolsi je savais lire et écrire .Je lui repondis le plus courtoisement possible.

L'homme avait bone apparence...Les procedures de rachat de captifs étaient desormais largement rôdées.Encore fallait-il pouvoir en bénéficier,être de bonne naissance,avoir des appuis ,une famille qui vous reclamât.Je n'avais aucune de ces qualités .J'étais condamné à rester,si bien que les"bonnes manières"de mon acquéreur me parurent de la meilleur augure

Peu de temps après, je me souviens de l'histoire de Cerventès:captif en Alger,il reoit,dans sa prison des billets enflammés contenant des pieces d'or accrochées à un fil qui chaque jour descend jusqu'à lui .La cour jouxte la demeure dun riche négociant qui a une fille,Zohra.Elle lui ouvre bientôt son coeur ;elle veut son rachat pour s'enfuir avec lui en Terre Chretienne.Elevée par une esclave espagnole,elle vénère Lalla Meriem,Notre Dame la Vierge Marie,depuis sa plus grande enfance.Cette histoire,que j'avais lue avant de quitter l'Andalousie était bien connue ici,même si le recit différait quleque peu.La forte attirance de la belle Zohra pour la foi chretienne était passée sous silence alors que Cervantès y voyait l'origine de la générosité de la jeune fille et de son amour pour le captif chretien.Certains disaint même que le captif s'était converti à l'Islam pour remercier Zohra et lui prouver ses sentiments...

Hassan El Kheznadji,me prit à son service.Je me mis rapidement à apprendre l'arabe et à le lire.Il me paraissait évident que je resterai là,ene Alger,sans grande possiblité de retourner dans mon Andalousie natale.Pour ma famille,je devais partir,voyager,devenir marin puis capitaine ou bien marchand.A cette obligation,je ne pouvais faillir par un brusque retour.Le cadet etnrerait dans quelque monastère...Obligation autant que traditions...et mon frère aîné s'était déjà engagé dans l'armée.Il allait se marier.Telles avaient été les raisons de mon depart.

J'ai pensé,un temps,m'instruire à la seule fin de repartir.Baba Hassan m'affranchit.Je n'avais alors plus aucune envie de repartir.Je m'étais converti à l'Islam er portait le nom de Jibrail.En 1788,j'avais appris par des marchands de Malaga que ma famille me tenait pour mort.Mon frère s'était emparé de ma part d'héritage et occupait la maison familliale mes parents étaient décédés,ma mère,du chagrin de ma perte,disait-on.C'était écrit:je n'existait plus outre Mediterranée

Quans ces nouvelles me parvinrent,j'eus le sentiment étrange que se répétait une histoire,que je revivais les grands departs de Grenade,en 1492...Comme eux,n'étais-je pas chassé?Comment de me fondre dans une autre ville?D'apprendre d'autres usages?De me faire une autre vie?De nombreuses familles s'étaient installées à la fin du xvème siècle en Alger.Elles avaient conservé des habitudes ,une façon de vivre qui me parlaient de l'Andalousie.Je me sentais instinctivement proches d'eux...

Et puis...le palais m'avait conquis.Lorsque je fus affranchi, je restais prisonnier de mon plein gré,de mon plaisir,pour l'ambiance de la grande maison,le secret de ses nuits,decouvrie ce qui déjà faisait sa légende.Certains pretendaient qu'elle était hantéé...je n'y ressentais aucun malaise,ni maléfice,la demeure de Hassan El Khaznadji,m'avait accueilli et sauvé.Elle était le berceau de ma nouvelle vie

Faut-il enfin parler d'elle?Bien sûr...Mais cela me demande un effort particulier.Même si mon metier fut d'assurer les fonctions de secretaire particulier du futur Dey d'Alger,titre dont je n'étais pas peu fier et rompre de ce fait à l'écriture,écrire sue elle,la raconter...m'est difficile.Je ne l'ai jamais fait.Je tenais un journal,mais je ne parlais pas d'elle,pas directement.J'étais pourtant si proche d'elle...et le devin chaque jour davantage..."

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 21:25
RETOUR Nada
RETOUR                                                             Nada agrandir

Salle des Arts orientaux :musée des antiquités

Le retour au palais fut difficile.Je venais juste de m'asseoir sur l'un des bancs nouvellement installés devant l'entrée du palais,lorsqu'une jeune femme m'aborda.

-Je suis Mina.Je travaille à Dar el 'Amia;il y a un endroit que je veux te montrer,que tu dois connaître.A côté Dar Mustafa Pacha.Le Hammama Diwân

Les choses les plus recentes disparaissent,entraînent les plus anciennes.Parfois,étrangement, le passé reste intact.

La porte du hammam était fort étroite,rappeleant que ce jour était reservé aux femmes .

Je 'osais plus parler.Je ne voulais plus voir de peur de trop appuyer le regard.Je craignais d'être jetée dehors.La voûte était immense,dissimulée dans les vapeurs chaudes.Quelques claustras diffusaient une lueur timide.Tout était,non pas sombre,mais cotonneux,opaque et moite.Au contact de la peau,de fines goutelettes perlaient ça et là,et glissaient en laissant des filets d'argent.

-Khedaouedj aimait venir ici.Son père,avait fait restaurer le hammam.Parfois,elle le reservait pour elle seule.Mais les autres femmes ne la gênaient pas.Elle restait en silence dans l' ombre du hammam et personne ne bronchait.Son corps blanc et mince,s'éclairait de ses gestes lents,comme une invitation à la mélancolie,aux soupirs qui touchaient les femmes au plus profond de leur âme.Mais aucune ne l'approchait à cause de ce qu'elle était.Khedaouedj réclamait l'intimité,non le groupe,si bien que les femmes s'écartaient,la laissaient avec Mina.Respect ou défiance?Admiration ou crainte?Compassion ou réprobation?Parfois l'atmosphère devenait trop lourde,quand les murmrures s'épaississaient sous la voûte.Les femmes ne supportaient pas certains jours,tu comprends ,de la voir ainsi.Elle leur était trop proche et trop éloignée à la fois.Son destin n'était que l'exagération du leur,vivre dans l'ombre,dans l'attente d'un amour impossible qui consumait leur vie...

Mina se tut.N'était-ce pas ce que vivaient alors ces femmes?La voir, les ramenait à l'essentiel,à ce qu'elles cachaient tout le jour sous des occupations multiples et harrassantes.Khedaouedj était riche,elle était belle,aurait pu l'être davantage encore et vivre autrement.Et cela peu de femmes le lui pardonnait.Elle avait la possiblité...elle l'avait gâchée!Pourquoi au juste?Mystère .Aucune d'entre elles ne voulait comprendre.

Sous la voûte,je ressentais ces instants-là,ce balancement entre le plaisir de la vapeur chaude sur la peau et la crainte de blesser les autres,entre le desir de vivre et l'angoisse de decevoir.Mina m'effleura le poignet

-Tu as compris comment c'est?Comment c'était?

-Retournons au musée!C'est l'heure,on nous attend!

Franchir à nouveau les esclaliers vers ses appartements...Comment faire?J'étais encore sous le choc d'avoir été refoulée le matin et maintenant"on nous attend"

-Il faut descendre.En sous-sol,on recoltait les eaux de pluie.Elle aimait y venir,pour prier,dit-on.

Je n'étais jamais descendue.J'étais passée à côté de cet escalier,sans en soupçonner l'existence.A mi-étage,il tournait à angle droit sur la droite pour acceder à une salle assez basse et voûtée,soutenue par quatre piliers fraîchement chaulés.Dans un angle,une alcôve ptotegeait la bouche béante du puits qui recueillait les eaux de pluie.Aujourd'hui,il n'était plus qu'un trou sombre.On pourrait croire à un souterrain,comme il y en a tant à la Casbah.a malgré son confinement,etait presque saine et chaude.

Le bas de l'escalier figure la qibla.Elle y venait au retour du hammam,pour la priere du Dhor

Je connaissais dejà le plus intime de ses pensees.Par pudeur peut-être m'avait-elle tenue à l'écart de sa foi qu'elle pensait étrangère à la mienne?Pourtant ,Mina venait de m'y conduire sans hésiter,comme pour satisfaire à une exigence liée à mon retour à Dar el 'Amia

-Cet endroit n'était que pour elle?Et tu penses que l'on peut venir ici?

-Mais tu sais bien qu'ici le temps est different?

-Oui je savais,depuis toujours.Je n'aurais jamais dû douter.C'était stupide.

-Bien sûr!Dis-je en riant à mon tour.Je suis stupide !Mais crois-tu...enfin,ce que je vais te dire peut parître dément,mais cela m'arrive souvent depuis quelque temps.Est-il possible...qu'elle...,enfin,je veux dire,qu'elle soit là?

-Ici,tout le monde sait qu'elle est là.Pourquoi les femmes t'ont-elles regardée de cette façon?Parce qu'elles savent que tu viens souvent ici.Elles voient que tu lui ressembles...C'est une question d'identité.Elle était comme toi,enfin,tu es comme elle plus exactement.Elle etait tellement etrange ,comme une etrangere venue d'ailleurs et prête à y partir.Pourquoi.A cause de lui ,bien sûr.Mais avant déjà.Son education,sa vie aupres de son père,Gabriel qui la suivait comme son ombre...Tout cela etait completement fou pour l'époque et même encore maintenant...Sans époux,les femmes n'existent pas.Ce que chacune desire,c'est qu'elle avait reussi:exister.A cause d'un amour impossible qu'elle n'a jamais trahi.Et entrer dans la legende!Elle était cela :transfigurée,blanche et belle à faire pâlir la lune et pâmer tous les saints du Paradis!Mais elle les inquietait aussi...Elle a eu des problèmes ,graves,avec les femmes.Je te montrerai,plus tard.Tu comprendras

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 21:12
UN CERTAIN HIVER khedaouedj
UN CERTAIN   HIVER                                         khedaouedj agrandir

Citadine:lit à baldaquin

Mon père décéda apres une longue maladie.Ses derniers jours furent une terrible agonie.La tradition voulait que je ne me rende pas au cimetière.Je suis donc restée au palais dans la piece du haut.Je pris le 'ud et j'ai joué

Des années durant,je suis restée seule dans le palais.Je n'ai vécu toutes ces années que dans l'abscence.Ma mémoire défaillait,je le reconnais.J'ai perdu la méméoire.Ces temps -là sont trop anciens ,pour que je m'en souvienne...A défaut de voir j'écoutais.Je caressais délicatement les souvenirs du passé,la vie lorsque mon père était là,l'insouciance de ma jeunesse avant la venue de l'Inconnu.Mais je n'éprouvais aucun regret.Jamais je n'ai souhaité revenir en arrière,revivre les moments de mon adolescence ,retrouver la vue.Je ne le crois pas.Je preferais cette existence-là à toute autre qui m'aurait paru tristement vide à côté de ce que je vivais un rêve éveillé.Sans tristesse,je me tenais simplement en retrait,je n'avais qu'une place résiduelle,dans ce que d'autres apellent la vie,celle d'une auditrice attentive et discrete.Je vivais sur la pointe des pieds,sans bruit et le plus souvent dans le silence;Mais je vivais.Et en cela,il y avait un reel desir de conserver,au plus profond de moi la chaleur de mon amour impossible.Il fallait que rien ne vienne dissiper la touffeur des sentiments ni la derniere image .En me gardant dans la prison de l'aveuglement,je decouvrais le veritable sens du mot"aimer".Sans desespoir,sans l'attente égoiste d'un retour,sans autre but que celui de l'honneur,chaque matin poour m'endormir,le soir dans le rêve doré de son impossible presence

Gabriel a compris assez vite,lorsque ,je lui intimais l'ordre de ne pas me parler de l'Inconnu

COMBIEN DE JOURS ? Nada

A cet espoir lumineux qui naît avec la douceur à l'aube,à cette tristesse qui vient à la tombée de la nuit,simulacre quotidient du désamour et de l'abandon.La géographie de la ville n'était plus la même que l'an passé.Alger'm'orientait".Je ne cherchais plus ma direction,je suivais sans hésitation,ni attention excessive,la ville ne parut que plus envoûtante.Elle se dévoilait sous un autre âge.Je la sentais vivre,palpiter comme autrefois,.Des details infimes me révelaient cette presence subtile du passé.Cette attention extrême qu'elle me dictait me faisait voir ce que je n'avais soupçonné les fois precedntes :l'Alger devant l'Alger ottomane,l'Alger des Almohades,les jardins exubérants qui déferlent le long des pentes d'Hydra,les eaux ruisselantes des aqueducs et des fontaines ,les amandiers en fleurs sur les collines et les mimosas croulant de leur pods d'or...Des ondes insaississables frôlaient Alger,décoloraient les rues,chassaient les ombres de sa clarté maladive."La maladie d'Alger..."C'était cela ,cette pâleur excessive qui rend la ville irreelle,capable de rejeter toutes les peurs apres les avoir faire naître,cette tension permanente dont elle inondait le coeur des sans sommeil...

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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 20:43
17 DECEMBRE 1789 khedaouedj
17  DECEMBRE  1789                                        khedaouedj agrandir

archeologie :musée des antiquités

Mon père avait organisé une reception d'un hôte mystérieux.Devait se joindre à eux l'Inconnu,dont mon père s'obstinait à cacher l'identité,personne importante.Le visiteur avait un guide et une escorte.

Instinctivement,je m'étais reculée dans l'ombre de ma chambre.L'envie s'attardait dans la skifa.Un lourd silence planait.Notre salon prit un aspect surnaturel

J'étais subjuguée,incapable du moindre geste.Ce moment prenait une dimension que personne n'avait imaginée.Si mon père avait souhaité donner à cette soirée un caractère privé,voire confidentiel,il n'avait sans doute pas pensé qu'elle prendrait ainsi des allures de complot.Je me sentis defaillir.L'entrée de l'invitée,tant attendue,retint toutes les attentions.Mon père s'était levé pour l'accueillir et le saluer longuement.J'étais sulagée;à l'instant même où je m'étais effondrée,il m'avait sauvée.Personne n'avait rien remarqué

La conversation s'alanguissait dans des échanges courtois Je ne voulais pas qu'il me voie.Je ne voulais surtout pas qu'il sache que j'étais là,que je suivais le moindre de ses gestes,que j'écoutais sa voix dans une tension extrême.Je n'obéissais à aucune introduction paternelle,je n'écoutais que la mienne..Je suis restée ainsi ,toute la soirée.Il était seul avec mon père,les autres invités avaient pris congé.

Je suis incapable de dire ce que j'ai ressenti.Parce que je n'ai que des souvenirs visuels des images devant mes yeux ,desormais éteints qui repassent inlassablement cette même scène.Rien sauf ce long et secret entretien avec mon père.J'eus la sensation d'un vide profond...que je quittais un monde pour pénétrer dans un autre

Gabriel était là,il avait tout vu.Et il en savait sans doute bien plus que moi sur l'Inconnu

PARIS EN MARS NADA

-Cette histoire ne tient pas debout!

-Je pense simplement qu'elle nous ment.D'ailleurs,elle a bien failli se couper en signalant que Gabriel en savait long sur le sujet.Et elle a dû le tarabuster sévèrement qu'il crache le morceau

Nassim repartit,j'avais le temps,mon état évoluait de curieuse façon.Comme j'avais traversé les murs du temps,rejetant le présent dans les tenèbres pour ne laisser filtrer que le passé.Mais ce qui était encore plus insolite encore,c'est que Nassim avait franchi le même passage:il s'était fondu dans le palais de telle sorte que son "réalisme" s'attachait surtout à ne pas se laisser berner par ses propriétaires.Il acceptait,contre toute vraissemblance,comme une évidence,d'être invité dans leur intimité,mais non d'être trompé

Les jours s"égrenaient lentement.Je vivais dans une patience et une lenteur extrêmes.Les images du palais,composaient désormais mon décor quotidien.

Mon entourage,à l'exception de Nassim,me trouvait suffisamment mal en point pour m'inciter à consulter .Mes larmes continuelles annonçaient soit une depression soit une maladie des yeux.Khedaouedj était là ,siimplement,et je n'existais que par sa presence dans le palais.Le brouillard me voilait le present mais se dissipait à l'évocation de nos souvenirs communs,de ces nuits partagées dans le palais.Quelle est la peur du rêve?Où trouver la limite?J'entendais la pluie sur les terrasses...En ces instants,j'entendais ,je sentais et je voyais.Par sa force à elle,,sa volonté intacte de surmonter sa peine ou bien de la pousser jusqu'en ses derniers retranchements.Pour le reste,c'est vrai,je n'existais pas

Ensuite?Que dire?Illuminations?Visions nées d'une immagination maladive?Conséquences d'une profonde fatigue?Dépression?Mes nuits étaient en couleurs .Je n'en demandais pas davantage

ALGER 1790 Khedaouedj

Mon père traitait l'Inconnu comme un hôte de marque mais pour quelle raison?Etais-je concernée par cette rencontre? Ces questions me torturaient...Mais ,ce soir-là,en le voyant,lui,en entendant le timbre lointain de sa voix aux accents si particuliers,c'était totalement impossible

Lorsque sa silhouette blanche a disparu au petit matin,mes yeux se sont enfin fermés.Je me suis écroulée de sommeil.Reveillée tard le lendemain,je me suis rendue compte qu'il était parti,que je ne le verrai plus jamais

Je montais à l'étage dans ma petite pièce.Je ressentis les premiers vertiges,les marches qui se dérobent,ma vue était troublée par les larmes,mon corps vide,cette sensation était délicieuse.J'étais triste,d'une tristesse langoureuse qui m'éreintait et m'étreignait tout à la fois.

J'ai essayé d'en savoir davantage en interrogeant mon père.Il me fit une réponse tres évasive qui signifiait que ce sujet ne me regardait pas .Pour la première fois ,je lui en voulus,au point de le detester par instants.La soirée du 17 décembre fut effacée de toutes celles qui jalonnèrent la vie mondaine du palais.Elle resta pour moi la dernière où je fus l'autre,celle d'avant.

J'ai commencé à me refugier dans le silence.Mo père ne fit aucune observation,ce qui me poussait dans la solitude et de l"effacement...Il fit venir un medecin .Sans doute mécontent de son diagnostic et de ses prescriptions,il le congédia.Il n'eut aucun successeur.Les fêtes se sont également raréfiées

Le silence s'installa dans la maison?Les bruits de l'exterieur me parvenaient feutrés,assourdis par la mélodie d'une voix,celle de l'Inconnu?

Les noubats qui ,autrefois,enchantaient mes soirées,m'étaient devenues insupportables.Là encore mon père céda à mes désirs.Il m'attacha un musicien particulier et je pris des leçons.La musique me transporta d'emblée.Nul besoin de voir,simplement se laisser couler dans les notes,puis travailler pour atteindre la fluidité.Le palais se mit à résonner de nos leçons et mon père n'y fut pas insensible.Je savais qu'il m'écoutait et appréciait

C'est également à partir de cette époque que Gabriel ne me quitta plus guère.Hassan Kheznadji décida de l'affranchir de son statut d'esclave et captif.Gabriel refusa de partir et s'est converti.Il dit à mon père que,depuis si longtemps dans notre ville,il la considérait comme sienne et que plus rien ne le rattachait à son Andalousie natale.Mon père le laissa libre de son choix.Gabriel devint ainsi mon seul lien avec l'exterieur.Alger brillait sous la grandeur décadente des Ottomans et Gabriel s'y sentait à l'aise.La coincidence entre le début de ma douleur et la soirée du 17 décembre ne lui avait pas échappé.L'Inconnu venait d'un pays lointain pour une mission qui avait échoué

Je doutais même parfois de la sincérité de Gabriel .Il lui était bien facile de me faire croire ce qu'il voulait.S'il me mentait,cele signifiait que l'Inconnu était venu pour une raison que l'on tenait à me cacher,que mon père lui avait peut-être promis ma main et que l'ayant refusée,il s'en était allé.Cette hypothèse était monstrueuse.Pour une raison ignorée,je lui aurais déplu et il m'aurait rejeté!Mais comment pouvais-je être la cause de ce rejet?Ces questions me tourmentaient à tel point qu'un apres midi ,n'y tenant plus ,je demandais à Gabriel en quoi j'avais pu démériter et provoquer le départ de l'étranger

Ainsi ,l'Inconnu ne savait -il pas que j'étais là.Et si...Si j'étais descendue,au risque de mecontenter mon père,si j'avais pu lui parler,s'il m'avait vue.Il aurait pu...m'aimer?J'osais à pein évoquer cette pensée.Pourquoi mon père lui aurait -il parlé de moi s'il ne s'agissait que d'une relation d'affaires?

Quelques semaines plus tard,Baba Hassan vint me dire que Gabriel avait décidé de quitter le palais

-Ainsi,tu voulais partir?

-Je n'avais plus rien à faire!

-Mais pour aller où?

-A Fès...Parce que c'était la seule façon de vous aider ,à distance .

-Je ne comprends pas.Explique-toi!

-Et bien,parce qu'il venait de là-bas!Ne le saviez-vous pas?

-Tais -toi!

La promenade fut silencieuse,légèrement écourtée par une pluie de printemps que je laissais avec délice glisser sur mon visage

LA LGENDE KHEDAOUEDJ

lA légende commença à se répandre dans la Casbah.Certains pretendirent que mon père me séquestrait.D'autres encore racntaient que je dépérissasis d'un amour impossible...Les differentes versions se sont mêlees.Mon isolement fit le reste.Par pudeur,sans doute,la légende a occulté cette partie peu conventionnelle de ma vie.Elle n'a retenu que le drame,préférant taire le scandaleux.

La légende dit vrai:nous n'existons pas l'une sans l'autre.Mon dessin s'est écrit sur ses murs et, sans mon histoire,Dar el 'Amia n'aurait pas traversé les siecles...le palais a survécu parce qu'il abrite ma mémoire silencieuse.

Je ne peux pas simplement invoquer la légende.Qui s'y interresse encore?On la raconte en qelques phrases et puis l'on passe .La mémoire devient confuse,fragile comme les maisons et les palais abandonnés aux ruines.Les lieux disparaissent,mais non les âmes qu'ils ont abritées.

Ils venaient de Fès...Ils avaient ce savoir intuitif qui ne s'acquiert que dans les villes saintes de l'Islam.Je l'ai su dès leur arrivée.Ils venaient avec un regard léger et insolite tout à la fois ,marqué par une émotion tranquille qui leur donnait une certaine insouciance,une inconscience.Il ne leur a pas suffi de voir le palais,il leur en a fallu davantage.Trouver ce passage secret qui devait s'ouvrir sur sa mémoire et la faire revivre.Sans le savoir,ils ont réveillé mes souvenirs dans une etrange alchimie où s'enchevêtrent les rêves et la réalité,ceux du prsent et celle du passé.

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