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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 01:05
Musée de l'Orangerie Paris
Musée de l'Orangerie Paris

Le musée de l’Orangerie abrite huit compositions des grands Nymphéas de Monet réalisées à partir de différents panneaux assemblés les uns aux autres. Ces compositions possèdent toutes une hauteur égale (1,97 m) mais sont de différentes largeurs afin d’être réparties  sur les parois courbes de deux salles ovoïdes. Rien n’a été laissé au hasard par l’artiste pour cet ensemble qu’il a longuement médité et dont l’installation s’est faite selon sa volonté en lien avec l’architecte Camille Lefèvre et avec l’aide de Clemenceau. Il prévoit les formes, les volumes, la disposition, les scansions et les espaces entre les différents panneaux, le parcours libre du visiteur par le biais de plusieurs ouvertures entre les salles, la lumière zénithale du jour qui inonde l’espace par beau temps ou au contraire se fait plus discrète lorsqu’elle est voilée par les nuages faisant ainsi vibrer la peinture au gré du temps…
L’ensemble est l’une des plus vastes réalisations monumentales de la peinture de la première moitié du XXe siècle et représente une surface d’environ 200 m2. Les dimensions et la surface couverte par la peinture environne et englobe le spectateur sur près de 100 mètres linéaires où se déploie un paysage d'eau jalonné de nymphéas, de branches de saules, de reflets d'arbres et de nuages, donnant l’"illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage" selon les termes mêmes de Monet. Les peintures et leur disposition font écho à l’orientation du bâtiment respectant les teintes de scènes de lever de soleil à l’est et de crépuscule à l’ouest matérialisant ainsi la représentation d’un continuum de temps dans l’espace. De manière symptomatique également la forme elliptique des salles dessine aussi en plan le signe mathématique de l’infini. Les Nymphéas de l’Orangerie ont parfois du faire face à différents évènements. Le toit de la seconde salle est notamment touché lors des bombardements de 1945 ainsi que l’une des compositions, tandis que les autres panneaux restent miraculeusement intacts.
La rénovation réalisée en 2006 a également permis de restituer l’état d’origine des salles des Nymphéasqui avait été perdu lors de travaux réalisés dans les années 1960 et qui avaient notamment obstrués la lumière naturelle voulue par Monet.

Musée de l'Orangerie Paris

Offerts par Claude Monet à la France le lendemain même de l'armistice du 11 novembre 1918, lesNymphéas sont installés selon ses plans à l'Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort. Cependant, à cette date, l’ensemble ne rencontre pas l’enthousiasme du public. En 1927, en effet, l’impressionnisme semble discrédité par le renouveau de l’art prôné par les avant-gardes qui jalonnent ce début de XXe siècle : le fauvisme, le cubisme, le futurisme, dada, le surréalisme... Pendant plusieurs décennies le public va bouder les salles des Nymphéas. Le musée lui-même construira parfois des cimaises cachant l’œuvre de Monet pour réaliser des expositions temporaires.
Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale et notamment avec l’apparition d’un nouveau foyer de l’art moderne à New York qu’un regard neuf est posé sur l’œuvre du dernier Monet. Dans les années 1950, les signes d’un regain d’intérêt se multiplient, André Masson publie un article en 1952 comparant les salles de l’Orangerie à "la Sixtine de l’Impressionnisme", les collectionneurs privés commencent à acheter des toiles du cycle des Nymphéas restés dans l’atelier du peintre et surtout le MOMA de New York achète et expose également l’une de ces grandes toiles en 1955. De nombreuses similitudes formelles sont dès lors mises au jour entre l’art abstrait de l’École de New York qui caractérise la production artistique depuis la fin des années 1940 aux Etats-Unis (Pollock, Rohtko, Newman, Still...), ainsi qu’avec l’abstraction lyrique en Europe et les réalisations du vieux maître. En effet les Nymphéas de Monet apparaissent comme l’acte de naissance en occident d’une peinture décentrée, ou aucune partie du tableau n’exerce de primauté sur l’autre, créant une peinture All Over. Le critique d’art américain Clément Greenberg relève cette filiation faisant de l’œuvre testament de Monet le ferment d’une peinture nouvelle.
La fascination exercée par les Nymphéas sur le public et sur les artistes ne s’est pas démentie avec les générations suivantes. On peut citer entre autres Joan Mitchell, Riopelle, Sam Francis... Mais au-delà duAll-Over, Monet invente également quelque chose qui aujourd’hui nous semble familier mais qui pour l’époque est tout à fait précoce, la notion d’environnement, qui irrigue tous les courants de l’art jusqu’à nos jours, du minimalisme aux générations les plus contemporaines. De nombreuses réalisations d’artistes créant un espace dédié à la contemplation de l’art peuvent également apparaître en filiation avec les Nymphéas de l’Orangerie. On pense notamment à la chapelle Rothko à Houston, aux Stations de la Croix de Barnett Newman à la National Gallery de Washington ou encore à La Bataille de Lépantede Twombly au musée Brandhorst de Munich...

Musée de l'Orangerie Paris
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 00:31

                                           Les Nymphéas

 

Offerts par le peintre Claude Monet à la France le lendemain même de l'armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de la paix, les Nymphéas sont installés selon ses plans au musée de l'Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort. Cet ensemble unique, véritable "Sixtine de l’impressionnisme", selon l’expression d’André Masson en 1952, offre un témoignage de l’œuvre du dernier Monet conçu comme un véritable environnement et vient couronner le cycle des Nymphéas débuté près d’une trentaine d’années auparavant. L’ensemble est l’une des plus vastes réalisations monumentales de la peinture de la première moitié du XXe siècle. Les dimensions et la surface couverte par la peinture environnent et englobent le spectateur sur près de cent mètres linéaires où se déploie un paysage d'eau jalonné de nymphéas, de branches de saules, de reflets d'arbres et de nuages, donnant "l’illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage" selon les termes mêmes de Monet. Ce chef-d’œuvre unique ne connaît pas d’équivalent de par le monde.

Musée de l'Orangerie
Auguste Rodin Paris 1840 / George Clemenceau 1911 Bronze / Fonte au sable Rudier 1959 / Dépôt Musée Rodin

Auguste Rodin Paris 1840 / George Clemenceau 1911 Bronze / Fonte au sable Rudier 1959 / Dépôt Musée Rodin

C’est en 1914, à l’âge de 74 ans, alors qu’il vient de perdre son fils et qu’il a cessé de croire en l’avenir que Monet sent renaître le désir "d’entreprendre de grandes choses" à partir de "tentatives anciennes". En 1909, il déclarait déjà à Gustave Geffroy  vouloir transposer le thème des nymphéas "le long des murs". En juin 1914, il écrit qu’il a "entrepris un grand travail". Cette entreprise l’absorbe durant plusieurs années semées d’obstacles et de doutes pendant lesquelles l’amitié et le soutien d’un homme s’avèrent décisifs. Il s’agit de l’homme politique Georges Clemenceau. Ils se rencontrent dès 1860, se perdent de vue et se retrouvent notamment à partir de 1908, lorsque celui-ci acquière une propriété près de Giverny, à Bernouville. Monet partage avec Clemenceau des idées républicaines et l’on connaît par ailleurs le goût prononcé pour les arts de Clemenceau. Pendant la guerre, Monet poursuit son travail en alternance en plein air, quand la saison s’y prête, et dans le grand atelier qu’il s’est fait construire en 1916 bénéficiant d’une lumière zénithale. Le 12 novembre 1918, au lendemain de l’armistice, Monet écrit à Georges Clemenceau : "Je suis à la veille de terminer deux panneaux décoratifs, que je veux signer du jour de la Victoire, et viens vous demander de les offrir à l’Etat, par votre intermédiaire." L’intention du peintre est donc d’offrir à la Nation un véritable monument à la paix. À cette date, alors que la destination de l’ensemble décoratif restait encore indéfinie, il semble que Clemenceau arrive à persuader Monet d’étendre ce don de deux panneaux à la totalité de l’ensemble décoratif. C’est en 1920 que la donation prend une forme officielle et aboutit en septembre  à un accord entre Monet et Paul Léon, le directeur des Beaux-Arts pour le don à l’État de douze panneaux décoratifs, à charge pour celui-ci de les installer selon les directives du peintre dans un édifice spécifique. Cependant, Monet, en proie au doute, retravaille sans cesse ses panneaux et en détruit même certains. L’acte de donation intervient le 12 avril 1922 pour 19 panneaux, mais Monet, insatisfait, souhaite toujours plus de temps pour parfaire son œuvre. Clemenceau a beau lui écrire la même année "vous savez fort bien que vous avez atteint la limite de ce que peut accomplir la puissance de la brosse et du cerveau", Monet les conservera finalement jusqu’à sa mort en 1926. Son ami Clemenceau mettra alors tout en œuvre pour que les salles des Nymphéas soient inaugurées strictement selon la volonté de Monet.

21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 19:42
Jean-Eugène Bersier " Port d'Alger, Ville d'Alger" Gouache sur carton 35 x 25,5 cms

Jean-Eugène Bersier " Port d'Alger, Ville d'Alger" Gouache sur carton 35 x 25,5 cms

                                    Jean - Eugène Bersier

Paris 1895 Saint-Barthélémy-d'Anjou 1978

                                     Bersier est né sociétaire de la Société des Peintures et Graveurs français, puis il enseigne à l'Ecole Estienne, avant d'être nommé chef d'artistes pour la gravure à l'eau-forte aux Beaux-Arts de Paris . Il expose à la nationale, aux salon des Tuileries et aux indépendants à partir de 1935, la galerie Marcel-Guiot le représente à partir de 1947. La bourse Abd-el-Tif lui est attibuée en 1942. Il voyage en Algérie, dessine et peint les paysages à l'huile, à la gouache et à l'aquarelle. Il devient docteur de l'Université d'Alger avec une thèse sur la peinture hollandaise. Il est nommé professeur de gravure aux Beaux-Arts d'Alger en 1947 et intervient comme conseiller pour le cabinet des escampes à partir de 1950. Il illustre avec Etienne Bouchaud et Corneau le livre Georges Marçais "Ville et Campagnes d'Algérie ( imprimerie nationale, Paris 1958 ) Oeuvres au musée d'Alger : plusieurs huiles et aquarelles, notamment "Alger vue des terrasses d'Abd-el-Tif". "La Place du Gouvernement". "Le Mont-Temple à Tipasa",une série de gravures et d'eaux-fortes. Les musées d'Oran et de Constantine possédaient également des oeuvres. Au musée de Mulhouse : "Les toits rouges du Port d'Alger", au musée d'Art et d'Hidtoire de Bellort : " Le Vieux Palais derrière l'Amirauté", "l'Amirauté d'Alger", "Dans la Casbah d'Alger","La Préfecture de Bellort : Paysage d'Alger

 

                                                

17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 01:27
Armand Assus / Esquisse pour la fresque du Foyer civique/ Huile sur toile 70 x 270 cmq

Armand Assus / Esquisse pour la fresque du Foyer civique/ Huile sur toile 70 x 270 cmq

                                              Armand Assus

 

 

                                             Alger 1892 - Antibes 1977

                                            Formé par son père, il entre dès 1905 aux Beaux-Arts d'Alger et étudie avec Hippolyte Dubois, puis avec Cauvy et Rochegrosse. Il poursuit ses études artistiques à Paris dans l'atelier de Cormon. Gide l'aide à obtenir sa première exposition à la galerie Druet en 1919, année où il obtient un Second Grand Prix de Rome. Assus travaille pendant plus de vingt ans à Paris , mais garde son coeur pour sa ville natale où il revient chaque année.Il reçoit des commandes pour des édiffices publics , notamment celle de huit panneaux décoratifs pour le foyer civique d'Alger,où pendant cinq ans il couvre 120 metres carrés sur le thème de la danse . Parmi ses oeuvres au musée d'Alger : Port d'Alger, Square Bresson, Alger, Rue de Chine, Le Naguilé, Jeune mauresque assise, Portrait de Benaboura, ainsi que des intérieurs et des paysages de France

Zoomez sur la fresque c'est mieux!

 

4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 21:48
Jean de Maisonseul "Chambre à Sidi -Ferruch" Alger 1945 , Huile sur contreplaqué 183,5 x 103,5 cms

Jean de Maisonseul "Chambre à Sidi -Ferruch" Alger 1945 , Huile sur contreplaqué 183,5 x 103,5 cms

                                          La tentation de l'abstrait

 

                                                         Quelques artistes, nés autour de 1910, céèrent à Alger un intérêt pour un art moderne et entretinrent un courant d'échanges fécond par leurs allées et venues entre Paris et Alger. Jean Simian, René-Jean Clot et Jean de Maisonseul, tous les trois nés à Alger ou dans sa région, furent les initiateurs talentueux d'une figuration différente ou d'une abstraction sensuelle vers laquelle s'engouffrèrent plus tard les Nallard, Manton, Bouqueton,Guermez, Bouzid, et les autres artistes arabo-berbères, pour lesquels elle était proche de leur héritage culturel...

Mohamed Bouzid "Le Mouton rétif" Huile sur toile 37 x 45 cms

Mohamed Bouzid "Le Mouton rétif" Huile sur toile 37 x 45 cms

27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 00:00
Charles Landelle / Chennevières-sur-Marne 1908 "Jeune fille aux oranges" Huile sur toile 111 x 76 cms

Charles Landelle / Chennevières-sur-Marne 1908 "Jeune fille aux oranges" Huile sur toile 111 x 76 cms

                                     Charles Landelle

 

                                                   Elève de" Paul Delaroche et d'Ary Sheffer, Landelle est rendu sensible au thème de l'Orient pour l'influence de ses amis Nerval et Gautier. Il se rend en Algérie en 1857 et pendant une dizaine d'années, à parir de 1881, il y passe ses hivers à Biskra, il peint "Aveugle de Biskra", "La Femme de Tlemcen", "L'Ouled Nail". Dans ses nombreux portraits de jeunes Algériennes, exécutés au retour de ses voyages, on retrouve le type de visage de la "Femme Fellah" qui fait sensation au Salon de 1886 et que Napoléon 3 acquiert sur sa cassette personnelle. Le musée de Laval,auquel de son vivant Landelle a fait des dons importants, conserve une trentaine d'oeuvres orientalistes de l'artiste, dont une dizaine situées en Algérie 

19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 21:38
Joseph Sintès "Passage voûté dans la Casbah" Huile sur toile 46 x 55 cms

Joseph Sintès "Passage voûté dans la Casbah" Huile sur toile 46 x 55 cms

                                  Joseph Sintès

 

Alagor ( Minorque Baléares ) 1829 Alger 1913

 

                                             Arrivé à trois ans à Alger, devenu ouvrier typographe, il étudie dans la première école municipale de dessin dirigée par Bransoulié, où il sera ensuite professeur pendant 25 ans. Il se fait un nom comme portraitiste, reçoit dans son atelier des hiverneurs prestigieux qui acquièrent ses oeuvres . Il s'attire la sympathie d'artistes comme Vernet, Landelle ou Lazerges, qui le conseillent. En tant que paysagiste il est l'un des fondateurs de la peinture algéroise par son importante production consacrée aux sites et aux décors d'Alger dans les années 1870 à 1900. Il saisit sur le vif personnages et architectures dans de petites toiles ou aquarelles lumineuses.Il expose au Salon de Paris et son envoi de 1880 "Chez le Cadi" , est remarqué. Des médailles le récompensent à Paris, à Bruxelles et à Genève. Après sa mort, ses enfants organisent des rétrospectives de ses oeuvres : en 1930 à l'occasion du Centenaire de l'Algérie, puis en 1941 et en 1943 dans son ancien atelier. Le musée d'Alger conserve 17 de ses aquarelles et 6 huiles, datées de 1865 à 1880 , toutes consacées à des vues de la ville

                               

 

                                                        

 

 

 

 

12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 22:37
Tedeschi Marguerite "Femmes de Aît Hachem", Kabylie 1913, Huile sur toile 80 x 100 cms

Tedeschi Marguerite "Femmes de Aît Hachem", Kabylie 1913, Huile sur toile 80 x 100 cms

                         Tedeschi Marguerite

 

Maison -Lafite 1879-Palma ( Baléares ) 1970

 

Elle suit les cours de l'académie Julian au début des années 1900, en 1911 part pour le Sud algérien, travaille à Bousaâda et Ghardaîa . Elle parcourt la Kabylie en 1912- 1913, participe au salon des Artistes algériens et orientalistes de 1913 à Alger. Elle épouse en mars 1919 Mehana Abdesselam avocat à la Cour d'Appel d'Alger puis Paris. Elle ne peint plus après 1920, mais ses toiles des années 1911 à 1914 dans les oasis et en Kabylie representent d'interressants morceaux de peintures de moeurs

 

                                         

24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 00:24
Eugène Delacroix ,"Femme arabe assise à terre , et études des boutons , études pour les femmes d'Alger" vers 1833 - 1834 pastel sur papier beige , Louvre DAG photo RMN / Micheèle Bellot

Eugène Delacroix ,"Femme arabe assise à terre , et études des boutons , études pour les femmes d'Alger" vers 1833 - 1834 pastel sur papier beige , Louvre DAG photo RMN / Micheèle Bellot

                           Delacroix , Chassériau et Fromentin

 

Ces trois artistes, " un génie et deux grands peintres " , ont ressenti et retransmis un même enthousiasme pour l'Algérie et ses habitants. Certes, pronfondément imprégnés de la culture de leur époque, tous trois virent les choses au travers d'une intellectualité particulière, mais la volonté d'observation qu'ils appliquèrent à la découverte d'un monde si différent du leur n'en demeurera pas moins exemplaire

                                Delacroix, en 1832, avait pour destination le Maroc où il resta cinq mois et dont il rapporta de quoi féconder son oeuvre à venir. Ce fut pour lui, " une foudroyante révélation qui devait illuminer toute sa vie."

                               Trois brèves journées à Alger, pendant lesquelles il put pénétrer dans un harem, lui suffirent pour imaginer ce qui deviendrait les femmes d'Alger, l'un des chef-d'oeuvre de la peinture une icône admirée au même titre que la "Joconde" . Par l'intime symbiose qui s'instaura entre le peintre et ses modèles, un monde d'intentions et de sous-entendus affleurait sur la toile. Les dessins préparatoires du tableau montrent bien à quel point " "l'artiste a tenu à échapper à l'exaltation pour se retrouver en un équilibre unique, impressionnant, débordant de vie continue, tout intime, tout intellectuelle" Tous les croquis, toutes les aquarelles de ce séjour le disent comme son journal ou ses lettres. Delacroix ne cherchait pas le sujet, mais l'âme des gens et des choses, l'essentiel l'intemporel. Avec ses carnets, dans lesquels il jeta son " impression jaillit toute neuve et toute frémissante".Il fit autant que dans ses oeuvres les plus importants et " rien dans l'histoire de l'orientalisme ne peut être comparé à cette série de notations générales où revit toute une civilisation " Fromentin après avoir vécu sa propre éxistence, confirmait qu'il fut " le vrai maître, le souverain traducteur de la grâce et de la force arabe "

Théodore Chassériau : Jeune taleb assis / Huile sur panneau 1850  / 13,5 x 13,2 cms courtoisie Etude Briest

Théodore Chassériau : Jeune taleb assis / Huile sur panneau 1850 / 13,5 x 13,2 cms courtoisie Etude Briest

 

                                             Chassériau et Fromentin effèctuèrent le voyage en Algérie la même année, 1846, à peine âgés de 25 et 26 ans , et se passionnèrent pareillement pour le pays qui marqua l'ensemble de leur oeuvre . Leurs tempéraments si différents transpassaient dans leurs toiles, où il se lit un idéal sous-jacent qui transmute la réalité du pays en une vision poétique : recherche d'une antiquité virgilienne ou biblique chez Fromentin, d'un hellénisme mélancolique chez Chassériau. Tous deux furent animés par le désir sincère de comprendre le pays et ses habitants.

                                             Chassériau, déjà dispose par ses origines créoles à ressentir les attraits de l'éxotisme, enrichit en Algérie " sa concentration de la couleur sans guère modifier son idéal féminin /.../ On le voit évoquer un Orient coloré et d'une humanité étrange qui mêle les traditions grecques, les souvenirs africains et l'Asie mystérieuse

                                          De Constantine, en mai 1846, le peintre écrivait à son frère : " Le pays est très beau et très neuf. Je vis dans le "Mille et une Nuits" Je crois pouvoir en tirer un vrai parti pour mon art." Il peignit les chasses et des chefs maures se défiant avant le combat, ou ces " cavaliers arabes enlevant leurs morts" qui figurent parmi ses chefs-d'oeuvres. L'un des premiers , il observa le quotidien : les marchés aux chevaux, les abreuvoirs, les campements , la vie familière dans les intérieurs où les femmes filent la laine et bercent leur enfant, les réunions de danse où l'école coranique. Comme Delacroix il ouvrit ses carnets d'animations fébriles et consigna les sujets qu'il aurait aimé traiter par la suite, s'il n'était mort prématurément.

                                                 Fromentin désirait vraiment pénétrer dans l'intimité du peuple et exprimer l'originalité du Maghreb. Il reprochait aux artistes qui venaient en Algérie d'y faire un simple voyage d'exploration et de ne rendre que l'apparence des choses, de se laisser séduire par le côté pittoresque et d'en ignorer l'essence profonde . Il affirma avec force sa détermination. Parlant de cette " terre étrangère où jusqu'à présent je n'ai fait que passer" , il décidait " cette fois, je viens y vivre et l'habiter, c'est à mon avis le meilleur moyen de beaucoup connaître en voyant peu, de bien voir en observant souvent...J'y prendrai des habitudes qui seront autant des liens plus étroits pour m'attacher à l'intimité des lieux. Je veux planter mes souvenirs comme on plante un arbre, afin de demeurer de près ou de loin enraciné dans cette terre d'adoption" La nouveauté de sa vision provoqua une sorte de révolution.

                                                La publication en feuilleton de son " Année dans le Sahel " dans la " Revue des deux mondes " en 1858, suscita bien des départs et son anlyse de la vie et de la lumière du Sud algérien dans " Un été au Sahara ", modifia la perception générale de cette région. Les deux oeuvres restent " Les synthèses le plus intelligentes et les plus riches de sensibilité que l'on ait consacrées aux aspects divers de la civilisation et du pays algérien" On reproche généralement à sa peinture d'être forte que ses textes littéraires , et lui-même reconnaissait dans l'une de ses lettres : " Je vois joli et pas grand ; c'est peut-être tous mes défauts celui qui me désole le plus, parce que c'est un défaut de la nature qui ne sera jamais tout à fait corrigible. Il développe en effet, le côté tendre et élégant de son talent en essayant " d'analyser les effets de transparence de l'atmosphère et de se donner une certaine distinction aux scènes orientales, distinction de tous, de composition et d'attitudes"

19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 16:57
Emile Deckers : "Le café sur les terrasses" Alger / huile sur toile  : 82 x 91 cms

Emile Deckers : "Le café sur les terrasses" Alger / huile sur toile : 82 x 91 cms

                                         Les terrasses où il fait bon vivre

 

Les terrasses sont omniprésentes à Alger. Celles de la ville ancienne apparaissent uniques en leur jour.

                                       "On dirait une carrière de moellons à ciel ouvert, un immense tas de pains de blanc d'Espagne" écrivait Théophile Gautier

                                        La construction trè particulière des maisons de la médina fut déterminée par le site des collines qui imposait l'étagement en gradins, par la necessité de protéger la cité à l'intérieur de remparts, mais aussi par le mode traditionnel musulman qui enferme la vie domestique et la protège du regard extérieur. "Comme les Maures ne veulent pas que leurs femmes ou leurs filles voient au-dehors ou soient vues, ils ne font pas ouvrir les fenêtres sur les rues.

                                        Dans ces maisons, qui ignorent donc les fenêtres et balcons et ne reçoivent le jour à l'intérieur que par l'ouverture d'un patio central inspiré des traditions aussi bien arabo-andalouse que romaine, la terrasse apporte aux femmes confinées une possibilité de séjour à l'extérieur en toute liberté. Elle se substituait en outre à la rue réduite au minimum, parfois engloutie sous des voûtes et pratiquement réservée aux hommes

                                       Toutes les habitations se rejoignant plus ou moins en hauteur, la surface des terrasses juxtaposées se trouvait parallèle à celle du sol, et fournissant une sorte de réseau de circulation, une promenade pour les femmes : Au matin notamment la cité étant orientée vers l'est, le lever de soleil sur la mer offre le plus beau des spectacles.

                                     Le climat qui permit de remplacer les toits de tulies berbères par la couverture des terrasses favorisa le rôle social de cette" cité aérienne"

                                     En l'absence des jardins dans la ville ancienne, les uns et les autres eurent la possibilté de se retrouver à l'air libre et de jouir des moments de fraîcheur autant que de la vue. Un grand nombre d'activités familiales et domestiques trouvèrent tout naturellement leur place sur cet espace de vie privlégiée, en dehors des heures de forte chaleur

                                  La grâce toute spéciale des terrasses du vieil Alger vient enfin des ornements : les dômes qui coiffent les salles à coupoles et le haut des escaliers les parapets protecteurs et surtout les merlons des cheminées en forme de piques," ces cylindres de poterie terminés en bulbes à jour"

                                  Dansla journée, ces terrasses sont avant tout le domaine des femmes qui y vivent à leur guise et loin des regards...Elles y puisent "leur part de rêverie et d'espérance", en contemplant du haut de cet observatoire stratégique, l'arrivée des vaisseaux au temps des corsaires...

                                   Sur les terrasses, les Algéroises se distraient avec leurs parents et leurs voisines, lorsque la chaleur décline, pour bavarder, se délasser, prendre un café...tout en grignotant les délicieuses pâtisseries orientales exposées sur les plateaux en cuivre qui garnissent les tables basses polygonales ,les traditionnelles "imaada" en bois de cèdre

                                     Quel plaisir que de peindre ces femmes aux costumes chatoyants; qui ont peu varié au fil du temps: sarrouals, longues vestes à basques ou caracos à la taille, foulards brillants dans les cheveux ou autour des reins

                                   Emile Deckers, brillant portraitiste parlait en connaisseur de cette fantaisie et notait son impression très gracieuse, sur les terrasses de la haute ville avec les Algéroises rieuses, tout en fôlatrant en rose en vert sur le blanc à peine bleuté...

 

 

 

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    Huit compositions. Une installation unique Le musée de l’Orangerie abrite huit compositions des grands Nymphéas de Monet réalisées à partir de différents panneaux assemblés les uns aux autres. Ces compositions possèdent toutes une hauteur égale (1,97...
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    Les Nymphéas Offerts par le peintre Claude Monet à la France le lendemain même de l'armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de la paix, les Nymphéas sont installés selon ses plans au musée de l'Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort. Cet ensemble...
  • Alger et ses peintres : 1830 / 1960
    Jean-Eugène Bersier " Port d'Alger, Ville d'Alger" Gouache sur carton 35 x 25,5 cms Jean - Eugène Bersier Paris 1895 Saint-Barthélémy-d'Anjou 1978 Bersier est né sociétaire de la Société des Peintures et Graveurs français, puis il enseigne à l'Ecole Estienne,...
  • Alger et ses peintres 1830/ 1960
    Armand Assus / Esquisse pour la fresque du Foyer civique/ Huile sur toile 70 x 270 cmq Armand Assus Alger 1892 - Antibes 1977 Formé par son père, il entre dès 1905 aux Beaux-Arts d'Alger et étudie avec Hippolyte Dubois, puis avec Cauvy et Rochegrosse....
  • Alger et ses peintres 1830 / 1960
    Jean de Maisonseul "Chambre à Sidi -Ferruch" Alger 1945 , Huile sur contreplaqué 183,5 x 103,5 cms La tentation de l'abstrait Quelques artistes, nés autour de 1910, céèrent à Alger un intérêt pour un art moderne et entretinrent un courant d'échanges fécond...
  • Alger et ses peintres 1830 / 1960
    Charles Landelle / Chennevières-sur-Marne 1908 "Jeune fille aux oranges" Huile sur toile 111 x 76 cms Charles Landelle Elève de" Paul Delaroche et d'Ary Sheffer, Landelle est rendu sensible au thème de l'Orient pour l'influence de ses amis Nerval et Gautier....
  • Alger et ses peintres : 1830 / 1960
    Joseph Sintès "Passage voûté dans la Casbah" Huile sur toile 46 x 55 cms Joseph Sintès Alagor ( Minorque Baléares ) 1829 Alger 1913 Arrivé à trois ans à Alger, devenu ouvrier typographe, il étudie dans la première école municipale de dessin dirigée par...
  • Alger et ses peintres 1830 / 1960
    Tedeschi Marguerite "Femmes de Aît Hachem", Kabylie 1913, Huile sur toile 80 x 100 cms Tedeschi Marguerite Maison -Lafite 1879-Palma ( Baléares ) 1970 Elle suit les cours de l'académie Julian au début des années 1900, en 1911 part pour le Sud algérien,...
  • Alger et ses peintres : 1830 / 1960
    Eugène Delacroix ,"Femme arabe assise à terre , et études des boutons , études pour les femmes d'Alger" vers 1833 - 1834 pastel sur papier beige , Louvre DAG photo RMN / Micheèle Bellot Delacroix , Chassériau et Fromentin Ces trois artistes, " un génie...
  • Alger et ses peintres : 1830 / 1960
    Emile Deckers : "Le café sur les terrasses" Alger / huile sur toile : 82 x 91 cms Les terrasses où il fait bon vivre Les terrasses sont omniprésentes à Alger. Celles de la ville ancienne apparaissent uniques en leur jour. "On dirait une carrière de moellons...