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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 23:05
Cinquième message:retour à Fes ,printemps 98 Gabriel@
Cinquième message:retour à Fes ,printemps 98                Gabriel@ agrandir

Targui Touareg

Le voyage se passa sans trop d'encombres.Les routes peu frequentées ;bien fous ceux que cherchaient à rejoindre le Sultanat de Moulay Slimane , dévasté par une épidémie de peste comparable à celle que nous avions connue dix ans plus tôt.

Quand je pensais à Alger , un pincement au coeur me plongeait immanquablement dans la rêverie mais je n'en étais pas malheureux.Le souvenirtde Khedaouedj m'apportait un reconfort patient dans le camp sordide où nous entassions nos misères.Je n'avais rien emporté, ni livre, ni cahier pour écrire , de peur d'être découvert.Seul , autour de mon cou,dans une petite sacoche de cuir , collait à ma peau le poème d'Omar Khayyam et le mien , callaigrapiés et décorés d'enluminures...Je n'osais le sortir de sa cache et cela aurait été inutile puisque je le savais par coeur.Il était là...à croire que je devenais supertitieux

On m'apprit que Lalla Zohra , la mère de Si Abderrahmane , était morte de la peste l'an dernier.Je le reconnaissais bien , à cette façon de me signifier que je n'étais ici que par son bon vouloir et sa totale merci...

Le soir venu , il me fit appeler.En pénétrant dans le salon défait,je sentis sa présence.Il faisait tres sombre.Les chandelles allumées dpuis trop longtemps fumaient beaucoup , éclairaient peu quand elles n'étaient pas mortes.Quelque part , il était là,tapi dans l'ombre.Je plissais les yeux pour mieux voir,quand j'entendis sa voix grave que je n'avais pas oubliée-Par ici,cher ami!

Elle avait quelque chose de cassée , voilée sinistre.L'amitié qu'il venait d'invoquer me surprit. Comment avait-elle pu naître de ces quatre ans de silence et replacer la condescendance qu'il m'accordait autrefois.

Sous l'intonnation grave de sa voix , je ne l'aurais pas reconnu.Accroupis dans une alcôve faiblement éclairée , se tenait une silhouette drapé d'un burnous usagé et sans élégance.Lorsqu'il leva la tête vers moi,je sentis mon sang se glacer dans mes veines:le même regard , peçant et noir, ce soir illuminé de rouge par les flammèches de bougies,me transperçait jusqu'aux entrailles .J'avais l'impression qu'en me regardant ainsi , il était capable de lire mes doutes comme mes espoirs , mes rêves comme mes cauchemars ,et même ce que j'ignorais , les raisons de certaines de mes conduites , les secrets que je n'osais pas même m'avouer..;sous l'oeil acéré du prédateur , la proie s'immobilise;hypnotisée , anesthésiée , elle se sent prête à mourir et c'est son seul désir,celui de l'ultime et delicieux sacrifice,sans même le frémissement d'un soupir si ce n'est celui de rendre grâce à son bourreau...

J'étais cette proie :ses yeux n'avaient pas changé.Ses traits s'étaient creusés.Le travail bâclé de l'âge ne faisait qu'accentuer la terrible présence des yeux , agrandis par les cernes dans un visage émacé et triste,trop vite enlaidi...Il me regardait , parfaitement immobile.J'étais comme pétrifié

Comment lui dire?Et que lui dire?Que j'aurais preféré être seul au fond du plus pauvre des "funduq" de Fès plutôt que d'avoir à partager son intimité tant elle me pétrifiait?La nausée me serrait la gorge.S'ajoutait un véritable dégoût , non de lui, mais de moi-même.Je me sentais mortifié.Parce qu'à l'entendre , je me portais comme la marque répétée de l'Affection de Dieu.Parce que Dieu l'aimait.Sa vie n'était que souffrance mais c'était de l'Amour.C'était un jugement sévère et sans appel

-Pardonnez-moi,cher Gabriel!...Laissez.Nous avons tres peu de temps.Allah Le Tout Puissant et Le Misericordieux compte mes heures et retiens mes nuits...Il vaut mieux aller à l'essentiel.Ne vous inquietez pas, ici vous serz tranquille.Je n'y séjourne presque jamais

-Comment va-t-elle ?

-Pardon, Excellence, de qui parlez vous?

C'était terrible.Je resais sans voix.

-Reprenons.L Dey Hassan Pacha , que Dieu le Garde en Sa Divine Protection...votre ambassade , confidentielle...

Il reprit le discours convenu sans grande conviction.Je ne l'écoutais pas.Je pensais que la meilleure solution était de partir , de la laisser à ses raffinements sadiques et de refuser d'en être la victime .La nausée me reprit soudainement.

-Pardonnez-moi , n'auriez-vous pas un peu d'eau fraîche.Nous en étions privés pendant la quarantaine...

-Bien sûr!

Il frappa dans ses mains et le "baouab" surgit de la tenture.Il entendait tout.

-Hassan Pacha est clairvoyant.Il considère que nous devons compter sur nos propres forces,rassembler nos peuples , héritiers d'un passé commun , unis dans une même Foi.Tel est son message , au mot prêt.Auquel s'ajoute la volonté de contrer les prétentions de l'Europe , de la France en particulier et de Bonaparte plus précisement sur nos territoires.

Je comprenais les idées de mon maître.Elles me semblaient inspirées et pragmatiques tout à la fois,capables d'accompagner dans la marche du siècle une culture millénaire.Si l'Europe avait le vent en poupe , si les idées de la Révolution se répandaient aussi vite,si Bonaparte, qui s'en disait l'héritier, remportait autant de victoires, c'est parce que les hommes étaient respectés,que l'on croyait en leur devenir en tant qu'individus.La révolution rompait avec la féodalité.Un vent nouveau soufflait et ne pas en tenir compte à notre tour était purement suicidaire.Hassan Pacha pensait aussi que de cette confrontation avec l'Occident allait naître des nouvelles idées , alliant tout ensemble la valeur de l'individu, la generosité de l'Islam et la ferveur des Croyants...Mon maître voulait y croire, espérant trouver dans le bouillonnement intellectuel des confreries , le terreau favorable à une reflexion politique et à un nouvel art de gouverner...

-Faites savoir au Dey d'Alger que nous ne ferons rien contre la Regence.Ce n'est pas notre intrêt.A condition toutefois qu'elle ne se rende pas complice de l'attention...tres soutenue et recurrente que La Sublime Porte attache à notre pays...Quant à l'hégémonie des Derqawa, Moulay Sliman en serait la première victime , alors que sa volonté est bien de maintenir un Maroc uni et indépendant et non de reconstruire le Royaume de Tlemcen...ce que vous semblez redouter...Et je dis vrai .Vous en doutez bien sûr et je vais vous expliquer pourquoi.Malgré votre récente conversion , vous raisonnez toujours en mécréant .Pour vous , la vérité est clairement identifiable et universelle.Nous autre considérons qu'il n'est qu'une seule Vérité , celle de Dieu,Unique et Misericordieu;Dieu est Un , Verité des vérité et Lumière des lumières .Tout le reste n'est qu(incertitude parce que les autres vérités sont multiples.C'est pourquoi le mensonge, n'appartient pas à notre Foi.On peut , avec l'aide de Dieu , tenter d'apprendre , la Verité, la Seule , mais dans le doute permanrnt de se tromper , dans la peur qu'il ne nous abandonne .Le reste est sans imortance.Sil n'est qu'un seul message à transmettre au Dey, c'ets celui-là :"En vérité, dans la création des Cieux et de la terre , dans l'alternance des nuits et des jours,il y a certes des signes par ceux qui sont doués de raison"(Coran iii.190-El Imrân).Hassan Pacha compendra , j'en suis certain.Nous en avions parlé si longuement cette nuit-là ...Il se rapprocha alors de moi, me touchant presque.Je sentis sa froideur.Il paraissait souffrir dans cette langueur que donne la courte rémissionavant une fatale rechute .De la résignation ,il était déjà passé à l'absence .

Jamais sans ce regard, je n'aurais été aussi violent.Il n'eut d'autre réaction que de me fixer encore.Je me versais à nouveau un verre d'eau pour échaper à son regard.

...Lors de cette soirée de decembre 89,Hassan Pacha a menti.Il m'a menti et je n'ai pas su mentir...

-Pardon , je ne vous suis pas

-Pour l'unique fois de ma vie,j'ai voulu m'exprimer sans détour, sans subtilité excessive.Il m'avait mis en confiance.Je le sentais proche de moi,j'aurai pu...lui offrir ma vie.Un sentiment filial.C'est alors que je lui ai parlé de sa fille.Cela ma semblait naturel.Son portrait m'avait ...fait une vive impression.

'Et vous me parliez de mensonge!Mettant ouvertement en cause le Dey!Cette accusation st ignominieuse!-Elle ne l'est pas.Il m'a dit avoir promis sa fille àquelques riche Ottoman:c'était faux.Et je le savais.Il n'y avait plus rien à dire,simplement partir,ce que j'ai fait.Maintenant,croyez ce que vous voulez,je vous l'ai dit ,cela m'est totalement égal.Dites simplement au Dey que je savais.Et que , contre toute attente,j'ai compris,je l'ai compris,lui.Je ne pense pas qu'il ait menti,il a simplement suivi ses sentiments.En cela, il est resté sincère avec lui-même.C'est aussi cela la verité.

-D'autant plus qe cette union aurait été fort bénéfique pour Hassan Pacha.L'alliance avec ma famille descendant du Prophète et notre fortune lui auraient apporté prestige et richesse.Alors qu'une charge officielle , un maigre traitement , révocables du jour au lendemain, soumis au bon vouloir des janissaires et des Ottomans...Il avait tout à gagner en me laissant sa fille.Sans compter le rapprochement diplomatique!Son grand rêve:Cela aurait également mis fin à une certaine inconduite...Parce que, Gabriel enfin Jibrail...le fait de vous avoir affranchi , de vous avoir promu au rang de secretaire particulier apres une conversation de pure forme, tout comme votre..."relation"dejà fort étroite avec la princesse et contraire à tous les usages...Quelle abomination!Et je lui permettais d'y mettre fin!

C'était dit.Cet être cynique,gonflé d'un orgueil démesuré , était simplement abjecte.Il n'avait jamais éprouvé le moindre sentiment pour la princesse,si ce n'est le désir subit de la posséder.J'étais écoeuré.

-Mais alors,pourquoi avez-vous entretenu ces relations avec la Régence pendant toutes ces années.Ne venez pas me dire que c'tait..."pour ces beaux yeux"à elle? Vous saviez n'est-ce pas, les ravages que vous aviez laissés derriere vous!

Je ne parvenais plus à maîtriser ma colère.J'en oubliais ma mission,le prudence et la retenue, toutes les recommandations du Dey,à l'exception d'une seule:savoir comment Khedaouedj avait succombé

-Parce que vous croyez à cette histoire?Que dis-je légende?Mais c'est à croire que le vieux palais a tourmenté votre entendement !...Le palais a tourné votre raison, vous, l'envoyé du rationnel et des nouvelles idéesVous êtes pitoyable et d'une affligeante naiveté.

'-En un sens,vous avez raison.Vous ne connaissez pas Khedaouedj.C'est bien le seul point sur lequel nous sommes d'accord?

.Pour le reste...Je ne doute pas de votre "coup de foudre" sur un portrait.Mais vous êtes un ignorant.Vous ne la méritez pas.L'avez-vous vue?Lui avez-vous parlé?

-Je ne vous répondrai pas.Je ne m'en souviens pas.

-Vous mentez!

-Encore décidemment...Soit.Si je l'ai vue?Vous voulez savoir n'est-ce pas?Je n'ai passé que peu de temps au Palais,mais je le connais bien mieux que vous.N'avez -vous pas remarqué ces miroirs?...Mais je les avais vus , dès le debut de la soirée,dans le salon de reception curieusement inclinés.Non par hasard, mais par une main experte qui voulait voir sans être vue.Enfin, elle m'a vue,je le sais .Ensuite...

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Published by Ben Redouane - dans rymie
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