Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 01:50
Rencontre Khedaoouedj
Rencontre                                            Khedaoouedj agrandir

Musée des arts ancien :Paiens

Elle vient de partir.Elle était triste.Elle n'a pas compris que le jour,rien ne peut se produire,que c'est la nuit qui nous est propice à elle comme à moi.Je sais.J'ai connu la même chose,dans cette entre-deux où je me sentais tres mal,persuadée que la souffrance ne finirait jamais,que je n'arriverais jamais à la depasser.Si seulement j'avais pu le lui dire!La rassurer!Ce n'est qu'une transition douloureuse.Un passage qu'il faut franchir sans faiblir...Mais le sait-elle?Aurait-elle la force de resister aux pressions de l'entourage,aux paroles bien intentionnées qui veulent nous soigner alors qu'elles ignorent tout de notre douleur et de ses causes?Par chance,à l'époque,j'étais quasiment seule dans le palais.Mais l'est-elle suffisamment?Les temps ont changé semble-t'il.Maintenant ,les femmes bénéficient d'une liberté qui les propulse sans defense dans un monde extrême.Mais je ne peux pas juger,je n'en sais rien.Je ne connais que les murs de cette maison,ses portes de cèdre qui s'ouvrent sur le patio la nuit,les bateaux hollandais qui parlent sans relâche de voyages imaginaires

Dans mon cas ,le vide s'était fait peu à peu autour de moi.Acause de quoi?En étais-je seulement la raison?Ce renfermement dont j'avais tellement besoin,auquel j'aspirais depuis toujours,tous l'avaient ressenti,à commencer par Gabriel,captif andalou et secretaire de mon père.Son prenom en arabe,c'était Jibrail,mais je l'ai toujours appelé Gabriel,même apres sa conversion.

De mes premiers pleurs ,il avait compris .Certes,apres le depart de l'inconnu,il avait vu ma peine.Il avait tenté de me demontrer que l'avenir restait intact et le meilleur devant moi.Qu'un bonheur sideral et sans nuages m'attendait...Cétait ses mots :Gabriel aimait les expressions imagées .J'expliquais cela à la fois par ses efforts pour s'exprimer dans notre langue en recourant à des mots étranges destinés à décrire sa pensée et par un caractère mysterieux ,raffiné,presque ésotérique ,auquel je m'habituais tres vite.L'avenir ,me disait-il ,m'offrirait les fleurs les plus parfumées des jardins de Grenade...Mais ,il disait cette conviction ,comme une consolation de courtoisie qui coûtait un peu à sa franchise naturelle .Ensuite,lorsque je cédais aux larmes,,lorsque ma vue commençait à ensuite, décliner ,il n'a plus insisté.Je le sentis plus à l'aise .Il m'a accompgnée ensuite,en douceur ,en silence,s'effaçant dans l'ombre complice.Je pense que d'une certaine façon ,je répondais à ce qu'il était lui-même ,mélancolique

Il devint mon seul lien avec les choses.Il a écarté tout ce qui me devenait insupportable.Pour lui,c'était le seul remède et il avait raison.Ces contacts artificiels,qu'au sortir de l'adolescence j'avais entretenus avec quelques soi-disant"amies",quelques cousines éloignées,lui parurent"inconvenates".Ce furent ses mots.Et dans mes larmes,je l'ai embrassé le soir où il les pronnonça.C'était exactement ce que je ressentais,mais que mon entourage désapprouvait

Je ne sais si elle aura la chance davoir aupres d'elle un "passeur"-comme j'aimais à appeler Gabriel-qui la protège et lui ouvre le chemin.Il lui fallut beaucoup de patience et de courage car,aux yeux de tous,il jouait un rôle suspect et maléfique.Beaucoup l'ont accusé d'avoir entretenu et precipité mon mal.Les mauvaises langues ont, parait-il,affirmé que j'étais sous son emprise,que chaque jours il m'administrait des drogues dont il avait le secret.D'autres ont pretendu qu'il était envoyé par Satan,qu'il representait le Mal.Nombreux furent ceux qui affirmèrent qu'il m'avait convertie,que j'avais parjuré ma foi,sous son influence...Sans lui,je serais restée entre-deux eaux,entre chien et loup,dans les limbes,dans ce couloir immonde,clair-obscur douloureux dontnseule,je n'aurais pas trouvé l'issue

Aujourd'hui,quand j'ai senti ses allées et venues incertaines dans le palais,ses hésitations sur les marches craignant de tomber ,sa rentation d'aller encore vers la lumière fagtice et meurtrière de la terrasse,j'ai su qu'elle en était à ce stade précis.Sans un"passeur" comme le fut pour moi Gabriel,elle n'en sortira pas.Elle souffrira pour rien.Elle risque de retomber dans le bas monde,mélancolique à jamais de ce qu'elle aura entrevu sans pouvoir l'atteindre ,mordue par le remords d'avoir renoncé.C'est la pire des choses qui puisse lui arriver.

ô toi, Gabriel,tu avais cette douceur et cette reserve infinies qui devinrent mon plus grand reconfort.Toi,captif d'Alger,adorable transfuge qui avait renoncé à tout autre vie,refusé même le retour lorsque mon père t'affranchit.Par égoisme ou par respect de ta vie,je ne t'ai jamais interrogé.Par crainte de perdre ton silence...de te perdre

Mais elle?Je ne peux l'aider sans revenir sur ces lointaines années,en laissant flotter entre les murs le recit de ma peine et l'écho de ma langueur répondant à la sienne.

TRANSCRIPTION NADA

L'arrivée à Orly me replongea dans la nuit parisienne.Nassim conduisait en silence.Il me tendit un petit objet;

-Tiens ,raconte !Mais n'oublie pas d'appuyer sur"enregistrer"

La nuit même,je commençais la dictée.Les mots venaient tout seuls

ALGER 1789 KHEDAOUEDJ

Mon père,Hassan Kheznadji,tresorier du Dey,devait faire montre d'une certaine assise.Son rang exigeait une demeure prestigieuse.Mais il ne souhaitait pas s'égarer vers les quartiers périphériques.Il savait que le pouvoir se tenait autour de Dar es-sultan,plus joliment appelé el-Janina,"petit jardin".Mais cet endroit n'était pas idéal,tres proche du port et de son agitation.Il pensait que la Casbah était l'endroit idéal pour allier prestige et securité :les années à venir devaient lui donner raison.En 1817,le pacha Ali Khodja devait nuitamment quitter el Janina et gagner la Casbah par crainte des turbulences sanguinaires de ses propres soldats,les Janissaires et des frequentes barraques navales.On dit même qu'un boulet de canon britannique frôla sa tête!

Le palais avait conquis mon père.Ce fut la seule sortie que je fis avec lui.Et j'avais aimé.Depuis la mort de ma mère,je ne sortaos que tres rarement .Nous habitions alors un logement de fonction qui jouxtait Dar -s- sultan

Lors de cette première visite du palais,notre future demeure,Gabriel,était là également et j'en étais ravie.Il tenait un rôle essentiel aupres de mon père.

Mon père fut toujours le Grand Absent pour moi,mais il fut le temoin direct de ma maladie.Il fit tout son possible pour m'apporter le confort qont j'avais besoin.Notre plus beau jour fut celui où nous prîmes possession du palais.En 1789

Construit en 1570,,il avait traversé deux siècles ,et resité aux tremblements de terre dont celui de 1775 qui fut fatal à de nombreuses maisons de la Casbah.Son prestige venait de là et des cinq étages qui s'ouvraient sur des terrasses avec vue sur la mer

Le palais nous avait conquis.Nous nous installâmes mon père et moi.Ma jeune soeur,N'fissa,ne viendra que plus tard et restera tres peu.Elle gagna tres vite la demeure de son époux,le futur Dey Hussayn.Plus tard,il y eut divers aménagements,destinés à rendre ma vie d'aveugle plus facile.

Quelques années plus tard,Hassan Pacha me fit don du palais ,qui porte toujours mon nom

UNE VIE SANS NUAGE KHEDAOUEDJ

Mes appartements étaient tres agreables.Mon père m'avait conseillé une couche sur pieds,surmontée d'un baldaquin en ferronnerie dorée.Mon "lit"était ancien,drapé de voiles d'organdi mordoré!Je fis mienne une pièce discrèteà l'étage supérieur.Elle était éclairée par une fenêtre étroite dentelée de mouchrabieh.J'y venais me reposer et lire.C'est là que j'ai demeuré le plus souvent,quand mes yeux se sont éteints.La porte a été condamnée bien plus tard.

DE L'AMOUR KHEDAOUEDJ

Mon père avait voulu me donner une solide éducation ce qui était fort rare à l'époque Hassan Kheznadji avait une bibliothèque considerable,une cinquantaine de coffres et le double de portefais.Le bureau de mon père en refermait une grande partie.A l'étage,se trouvait la seconde partie de la bibliothèque,celle qui était resrvée à son usge personnel et bientôt au mien.A côté des recits de voyages,quelques editions rares d'Ibn Battuta et d'Ibn Khaldoun ouvraient une large collection de ce que la litterature et la poesie arabo-andalouse avaient produit de meilleur.Plusieurs ouvrages philosophiques que je parcourais côtoyaient des poêmes Ibn-'Arabi avait une place privilégiée et je pouvais reciter sans peine certains passage de "Al-Fûtûhât al Makkiya",ou les illuminations de la Mecque et ,par dessus tout ,son "traité de l'Amour" .J'étais transportée par le poème.Mon père possedait également la versio de majnûn et de sa folle passion pour Laylâ.

La bibliothèque n'existe plus depuis bien longtemps.Lien incontestable avec la malediction qui m'avait frappée,personne ne songea à les conserver.Mes frequentes visions dans "Le cabinet des livres",étaient silencieusement desaprouvées par notre personnel ,qui pour la plupart ne savait pas lire..Pour eux mon père ,aurait dû en avoir ,le seul la jouissance et la liberté qu'il m'offrit de partager sess lectures était proprement inconvenantes.Ceci explique aussi mon futur isolement.C'était une punition qui m'était infligée et pour la plupart ,elle était d'origine divine parce que ces livres pouvant égaler le Saint Coran,relevaient de l'interdit.Cette hostilité muette à l'égard de mes lectures m'incita à les poursuivre jusqu'à l'extrême limite,lorsque je ne discernais plus les caractères ,même sous un verre grossissant.Gabriel vint à mon aide,il choisissait chaque jour un ouvrage different et entamait de longues heures de lecture

J'interromps ici mes souvenirs.J'aurais pu mener une vie paisible et simple,suffisamment aisée pour goûter les plaisirs et les frivolités d'Alger dans les dernières années ottomanes.Sous la protection d'un père tout puissant puis, apres un mariage de convenance,d'un mari haut placé,j'aurais pu...Mais cela ne vint pas.Quand l'inconnu s'avança dans le patio,je savais que je l'attendais pour connaître les abîmes profonds de ma tristesse comme les plus hautes cimes de mon émotion.Et pour rien au monde,je n'aurais echangé ce moment-là contre un autre.Peu m'importe encore maintenant,les consequences

Partager cet article

Repost 0
Published by Ben Redouane - dans rymie
commenter cet article

commentaires

  • : le blog rymie
  •   le blog rymie
  • : Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je naime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi
  • Contact

  • Eglantine
  • Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je n'aime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi
  • Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je n'aime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi

Recherche

Articles Récents

  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Balances de pesée portables avec des poids Leipzig Metal Début du 19ème siècle
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Fac-similé du Codex , Tro- Cortesiamus Madrid sur papier ficus Fac-similé est une copie de reproduction d'un vieux livre , manuscrit , dessin , oeuvre d'art ou autre éléments... Ce sont deux fragments de livres pliants d'une longueur de 7 mètres Le Codex...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Tête d'un Olmèque Oaxaca, Mexique Métate en pierre époque Maya Mexique Pot en argile du Guatemala ,époque précolombienne Maya Pichet avec une anse représentant une figurine , en argile Equateur Sculpture d'un guerrier ou d'un danseur en argile Mex...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Joyeuses Pâques ! Profitez bien des petites fleurs et du beau soleil de printemps ! Monde des enfants " Le petit chaperon rouge et le loup / à gauche moule en métal Au centre le Pape François fabriqué par le confiseur Geog Maushagen
  • Musée du chocolat Cologne Allemagne
    Fontaine de chocolat La fontaine haute de trois mètres d'où jaillit un jet de chocolat liquide et chaud Le personnel du musée plonge les gaufres dans le chocolat chaud de la fontaine pour les offrir aux visiteurs Le must : c'est se faire confectionner...
  • Musée du chocolat Cologne Allemagne
    Conche chocolat / type Postranecki / 1920 Le conchage est un procédé d'affinage du chocolat par brassage à une température de 80 degrés Celsius . Il permet d'uniformiser le produit et d'y incorporer le beurre de cacao additionnel, ainsi que le sucre et...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    A l'étage où se trouvent les machines Machine d'emballage / Type Sapal / Typ PRM Lausanne / Année de production 1928 Cette machine servait à envelopper les pralines dans du papier d'argent . Elle effectuait 50 à 60 plis par minutes Le prix d'achat à cette...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Le musée dispose d'anciennes machines issues des premières productions du chocolat cliquez ici vous verrez mieux !!!
  • Musée du chocolat de Cologne en Allemagne
    Les épices sont quelquefois ajoutés au chocolat comme le poivre...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Le beurre de cacao Plus de 50 % du cacao se compose de matière grasse. Elle est extraite par pression hydraulique, issue de fèves décortiquées et dégemmées. C.Van . Houten ( 1801-1887 ) a réussi à construire une presse à beurre de cacao . Par la suite...