Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 00:48
Dar El 'Amia
Dar El 'Amia agrandir

Salle d'Art marocaine :Musée des Arts anciens: Alger

Je ne savais pas ce qui m'attachait à la ville.Mais elle me prenait au ventre dans le labyrinthe des ruelles depuis Bab El Djedid.Les escaliers glissants me donnaient le vertige et j'avais l'impression de flotter,le coeur au bord des lèvrres et les nerfs à fleur de peau.La Casbah m'exténuait,mais je n'étais pas fatiguée,plutôt tendue à l'extrême.C'est ainsi que nous arrivames à Dar El Khedaoudj el 'Amia,le palais de Khedaouedj,la jeune fille aveugle

L'ami algérois,Abderrahmane,qui nous accompagnait,chuchota son histoire à l'entrée:

...un magnifique palais qui s'élève au lieu dit Socgemah, déformation de Souk el Djemaa,le marché de vendredi,connu pour le commerce des pigeons...fut bâti vers 1570 par Ramdan Pacha sur la partie basse de la médina d'El Djazair,la basse Casbah,rue du Divan.Dar el Khedaouedj...ancienne propriété de Yahia Rais.En 1770,Michel Cohen Bacri,riche négociant juif originaire de Livourne en Toscane,s'installa à El Djazair,...loue le palais en 1783...

...en 1789,Hassan Kheznadji,tresorier du Dey d'Alger,acquiert la bâtisse...palais des princesses...ses filles Fatma et Khedaouedj.Il lui en fit cadeau...Elle était aveugle.Apres la mort de Lalla Khedaouedj,le palais devint propriété de sa nièce N'fissa et son neveu Omar jusqu'en 188...Sous l'occupation française...,première mairie d'Alger,puis hôtel du procureur général en 1838.En 1860...grans aménagements pour recevoir Napoleon iii...Affecté au sevice de l'Artisanat en 1947... 1961,Musée des Arts Populaires,puis Musée National des Arts et des traditions Populaires la rue Malki Akli en 1987

Abderrahmane se tut quelques instants avant de donner d'autres détails:"Khedaouedj",diminutif de "Ouarda",signifie pour certains petite fleur","geranium"ou plus exactement"pélargonium"et" Kheznadji"se traduit par "receveur des finances"Le nom s'attache à la fonction de ministre des finances du Dey,assumée par le proprietaire des lieuxAla nuance pres qu'ici,c'est le financier qui l'emporte sur le souverain .Certaines versins de l'histoire ne lui accordent qu'une seule fille,l'aveugle;d'autres lui en donnent plusieurs dont Fatma et N'Fissa,figures légendaires,elle aussi,de la Casbah dont le tombeau,dit "des Deux soeurs",et "el Djenina",se situe non loin de là.On raconte que ces deux filles du Dey Hassan Pacha,qui vivent recluses dans leur palais,aprçurent un jour dans la rue,un beau jeune homme dont elles tombèrent toutes deux amoureuses Se confiant tous leurs secrets,elles savaient partager le même amour impossible et se désolèrent toutes deux de chagrin.Mélancoliques,ne s'alimentant plus,Abderrahmane ajouta:

Elles preferèrent se laisser mourir de faim plutôt que d'être séparées,victimes autant de leur amour l'une pour l'autre ,que pour le beau chevalier.On dit que celui-ci,de passage,ne connut jamais le drame des deux princesses que la mort emporta le même jour.Depuis lors,elles reposent dans le petit jardin d'El Djenina uù elles aimaient tant se reposer...

Hassan Kheznadji,d'abord receveur des finances du Dey Mohammed Ben Osman,devint Dey à son tour ,à la mort de celui-ci,emporté par la dysenterie en 1791,et non assassiné par son ministre.Il devint ainsi Hassan Pacha et dirrigea les affaires de la Régence jusqu'à sa mort en 1798

Deux versions subsistent de Khedaouedj .L'une veut que la jeune fille,deviennent belle,se contemplât,sans cesse dans un miroir,si bien que fascinée par sa propre beauté,elle en devint aveugle.L'autre pretend qu'éperdument amoureuse,elle pleuait tellement un amour impossible qu'elle en perdit la vue.Cette dernière version ressemble étrangement à celle des deux soeurs,laquelle pouvait tout aussi bien être sa nièce,fille du futur Dey Hassan

Les histoires s'entremêlaient et confondaient sans aucun doute les destins et parentés.Ces vies participent à la légende de la Casbah

Abderrahmane reprit la description du palais

On entre...palais mauresque typique...une porte en bois massif...

Peu à peu ,je pénétrais dans l'intimité de la maison et dans sa légende .Je ne cessais de penser aux deux versions...Le caractère de Khedaouedj avait sans doute échappé à son entourage ,mais le palais restait toujours marqué par sa troublante personnalité .Son ombre flottait entre ses murs.La tension que j'avais ressentie à l'arrivée avait disparu.Plus je regardais autour de moi,plus j'étais émue.Les larmes perlaient à mes yeux,le coeur lourd d'une douce compassion:pleurer à un point tel que l'on devient aveugle...

KHEDAOUEDJ NADA

L'histoire avait fait son chemin.Racontée depuis plus de deux cents ans,saturée de nostalgie,malgré ses outrances,elle me boulversait parce qu'elle me ramenait à certaines périodes de ma vie

La première qui me revint fut celle de l'atelier de ma mère.Il donnait sur la rue.Ma chambre se situait derrière l'atelier...

Le second souvenir,datait de mes sept ans ,et se rattachait à mon père.A sa vue diminuée ,aux larmes qu'il avait versées devant moi ,en apprenant son mal et qui m'avait douloureusement marquée .La maladie pouvant être héréditaire,je consultais de temps à autre.Les assurances des medecins sur l'état de ma vie ne pouvaient effacer la peine d'avoir vu mon père dans les larmes .S'ajoutaient encore les souvenirs de decembre et mes pleurs impossibles la nuit de sa disparition...

En decouvrant la légende de Khedaouedj,j'avais l'impression de m'y noyer,de perdre pied,de flotter entre les eaux glauques de la mélancolie,celle-là même qui m'accompagnait depuis l'enfance et dont je n'avais jamais véritablement compris l'origine

S'ajoutait aussi la decouverte chez Khedaouedj d'un sentimet que je connaissais encore assez peu:aimer sans être aimée...Pourquoi ceder à la seule pression des sentiments d'autrui?Pourquoi se refuser la douloureuse et delicieuse tentation d'aimer sans reciproque,Je m'étais interdit tout choix,toute capacité à discerner ce que je voulais au fond de moi.J'avais cédé au désir de plaire et de recueillir les fruits faciles de la séduction avant de plonger dans la desillusion

En un sens ,j'en vins à penser qu'elle avait fait le bon choix.Aimer sans être aimée signifie aussi donner sans rien attendre.Est-ce de la générosité?N'est-ce pas également une façon de disparaître,faute d'être reconnue?Une façon de chercher un reflet objectif de soi?Khedaouedj s'était retiré du monde,la légende l'avait rattrapé...

Il y avait dans cette histoire,une leçon trop clair qui m'agaçait :punir l'orgueil...Il y avait des bribes de verité,comme sa beauté et le souci permanent qu'elle avait de son apparence.Mais pourquoi en tirer une leçon aussi triviale?Sauf à vouloir expliquer que la veritable beauté,celle de l'âme,ne se voit pas dans un miroir...Personne ne l'avait obligée à cacher son visage ou sa silhouette.Khedaouedj était la seule à ne plus se voir mais restait immensément belle au regard des autres...

Il y avait une chose.Ce n'était pas sa beauté qui la tourmentait à ce point;c'était le reflet d'elle que lui renvoyaient les miroirs.La beauté en soi n'est rien.Subjective et fugace,Khedaouedj ne pouvait sen satisfaire.Ce qu'elle poursuivait ,c'était l'image d'elle que lui renvoyait le miroir.Cette quête de tous les instants,le contôle permanent de son double venaient d'une attente ou d'un desir insatisfaits:celui de s'aimer pour être aimée.A mon sens les deux versions de son histoire n'en faisaient qu'une.Dans l'une, être aimée fut un echec;elle fut rejetée ou ignorée par le beau visiteur et sombra dans les pleurs .Dans l'autre,la recherche insensée de l'amour ne trouva son aboutissement que dans propre reflet, tel Narcisse au bord de l'étang...Reflet que l'aveuglement vint lui enlever.La même fin,la même "chute"

Dans les deux cas ,la légende reposait sur une veritable et unique histoire,celle d'une femme brûlée par l'amour,éprise d'un tel désir de connaître l'amour fou qu'elle avait sciemment choisi la seule solution à portée de sa main:tâtonner dans la nuit.Une construction bien à elle qui occultait tout,voilait son entourage et le palais,lui laissait enfin voir ce qu'elle n'aurait jamais discerné en gardant la vue.Dans les deux cas,son choix fut délibéré;elle n'avait été victime d'aucun mal exterieur.Elle avait cherché une voie,suivie jusqu'au bout pour échapper à la deception de la vie

Peut -on encore aimer l'endroit où l'on vit dans la souffrance .L'amour emprisonne,le palais en était la preuve mais il la protegeait,donnait une realité à sa folie,ce qui était peut-être ce qu'elle avait recherché

Le palais m'enchantait .Des portes étaient fermées comme pour preserver encore son intimité,il devait y avoir une pièce où elle aimait à se tenir dans l'ombre.Je le sentais

La légende ne faisait aucune allusion à sa mère.Je l'immaginais dond orpheline de mère,tres jeune élevée par son père.Il était puissant,régna sur Alger.Ilvivait dans un monde étranger au sien dont elle ignorait tout.Je pense qu'il l'adorait;Fut-il humilié?Déçu de ne pouvoir la marier selon son rang?Sa fille chérie était aupres de lui,enfermée dans sa nuit,mais imprenable.Palais des larmes ou Palais de l'orgueil?

Je restais sur les terrasses surplombants la Casbah.Comment avai-elle pû renoncer à la lumière fascinante de la baie?Alors qu'Alger brillait de ses dernières heures de gloire?Elle fille du Dey?Je trouvais là un vent de nostalgie,bien plus que dans les étages inférieurs.Ainsi s'était-elle volontairement privée de la seule évasion qui lui restait:voir la ville du haut des terrasses.A cela,elle avait preféré le confinement des larmes et de la nuit.:son mal était délibérée.Elle avait voulu.De toutes les personnes qui m'agitaient,aucune ne mettait en doute sa propre determination...Pourquoi?Parce que j'aurais agi comme elle.Je le savais même si je n'en connaissais pas les motifs.Je lui ressemblais,simplement.A ce stade,il me fallait tout connaître d'elle,de ses habitudes et de sa vie,retrouver son parcours au bout duquel je saurais,je comprendrais enfin ce que fut son destin.J'avais l'intime conviction de pouvoir y parvenir sans effort en raison de cette etrange ressemblance:une...predisposition

Le miroir qui orne l'un des murs du West Dar réflétait la scène.Nassim photographiait les colonnes de marbre ,je lui souriais .Il baissa l'objectif vers moi,je tournais mon regard vers la glace en face de moi.Je vis une silhouette floue,tres pâle,trop maigre aussi.A force de la fixer,elle se dédoublait:je pleurais...Elle était là dans le miroir...

Nassim ne dit rien.Cette reserve nous isolait.Et pourtant,là dans le palais, je ne m'étais jamais sentie aussi proche de lui ,et il le savait.

UNE NUIT AU PALAIS NADA

Passer la dernière nuit au palais me rapprocherait encore d'elle et je pourrais vivre ainsi ce qu'elle avait été toutes les siennes

Le soir venu,je m'installais sur la terrasse.Le palais devenait sobre,étrangement vide ,et plus troublant encore

Khedaouedj devait le sentir ainsi dans sa propre nuit.La cecité masquait sa vision sous un voile épais comme celui qui m'entourait.Elle vivait dans la conscience permanente de ces murs fastueux,mais ne les voyait plus

Un éclair déchira la nuit,envahit par le patio.Prise d'un vertige,je me retins à la rambarde du balcon.L'éclair ne fit qu'eclairer la silhouette du gardien qui me cherchait.Mais je ressentais sa presence et son emprise sur le palais.Elle ne m'était pas étrangère,elle avait capté mon émotion

Le lendemain,quand Nassim me demanda des nouvelles de ma nuit,je fondis en larmes.Elles m'appaisèrent.Les sequelles de cette nuit à Dar Khedaouedj n'allait plus me quitter

Partager cet article

Repost 0
Published by Ben Redouane - dans rymie
commenter cet article

commentaires

  • : le blog rymie
  •   le blog rymie
  • : Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je naime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi
  • Contact

  • Eglantine
  • Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je n'aime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi
  • Voulez-vous partager avec moi des moments de passions ,d'émotions , en vous mettant en position de critiques ,j'aime je n'aime pas ,je trouve cela nul...Alors restez avec moi

Recherche

Articles Récents

  • Cathédrale de Cologne Allemagne
    Elle est la troisième plus grande cathédrale du style gothique après la cathédrale de Séville et le dôme de Milan . L'énorme façade Ouest avec les deux tours de plus de 7100 mètres carrés, n'a pour l'instant été dépassée nulle part ailleurs dans le monde...
  • Le pont ferroviaire de Cologne Allemagne
    Le pont Hohenzollern (en allemand Hohenzollernbrücke) est un pont sous arc métallique, sur le Rhin, entre Cologne et Deutz. Il est situé sur le Rhin au kilomètre 688,5. Construit entre 1907 et 1911, ce pont était à l'origine aussi bien routier que ferroviaire...
  • Musée du chocolat Cologne Allemagne
    Cliquez sur les photos ...c'est encore mieux ... Tasses chocolat avec soucoupes "Trembleuse" Fabrication Du Paquier, Vienne Porcelaine de Saxe 1735 Pot de chocolat/ Porcelaine de Saxe .1740 et Tabatière Ludwigsburg .1770 / Meissen Manuacture Tête...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Droguerie Belles boîtes de chocolat d'antan Les distributeurs de chocolat
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Balances de pesée portables avec des poids Leipzig Metal Début du 19ème siècle
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Fac-similé du Codex , Tro- Cortesiamus Madrid sur papier ficus Fac-similé est une copie de reproduction d'un vieux livre , manuscrit , dessin , oeuvre d'art ou autre éléments... Ce sont deux fragments de livres pliants d'une longueur de 7 mètres Le Codex...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Tête d'un Olmèque Oaxaca, Mexique Métate en pierre époque Maya Mexique Pot en argile du Guatemala ,époque précolombienne Maya Pichet avec une anse représentant une figurine , en argile Equateur Sculpture d'un guerrier ou d'un danseur en argile Mex...
  • Musée du chocolat de Cologne Allemagne
    Joyeuses Pâques ! Profitez bien des petites fleurs et du beau soleil de printemps ! Monde des enfants " Le petit chaperon rouge et le loup / à gauche moule en métal Au centre le Pape François fabriqué par le confiseur Geog Maushagen
  • Musée du chocolat Cologne Allemagne
    Fontaine de chocolat La fontaine haute de trois mètres d'où jaillit un jet de chocolat liquide et chaud Le personnel du musée plonge les gaufres dans le chocolat chaud de la fontaine pour les offrir aux visiteurs Le must : c'est se faire confectionner...
  • Musée du chocolat Cologne Allemagne
    Conche chocolat / type Postranecki / 1920 Le conchage est un procédé d'affinage du chocolat par brassage à une température de 80 degrés Celsius . Il permet d'uniformiser le produit et d'y incorporer le beurre de cacao additionnel, ainsi que le sucre et...